En décidant de centraliser la validation des dépenses d’investissement, Pape Malick Ndour estime qu’Ousmane Sonko « parasite les missions qui sont dévolues au ministre des Finances ». Selon Pape Malick Ndour, « valider des dépenses revient logiquement à les moduler ou à les prioriser, alors qu’on nous a toujours vendu la vieille lune d’un budget sincère ».
Voici quelques réponses aux points soulevés par Monsieur Ndour.
1) Pourquoi valider des dépenses d’investissements si la «sincérité» de ton budget garantit déjà des «ressources suffisantes et bien estimées conformément aux dépenses d’investissement bien mûries, bien évaluées et à fort impact», comme cela a été pompeusement énoncé dans la loi de Finances ?
Réponse: Il y a une distinction majeure entre la planification (théorique) du budget et l’exécution de celui-ci (réalité opérationnelle). La validation des dépenses d’investissements garantit une gestion rigoureuse et une adaptation continue aux besoins et aux contraintes et se fait dans plusieurs pays (comme au Canada par exemple, à travers le Conseil du Trésor). Plusieurs raisons justifient la validation continue des dépenses:
- Le contexte macroéconomique (tant au niveau national qu’international) ou les priorités peuvent évoluer au cours de l’année. La validation permet d’assurer que les dépenses restent alignées avec les objectifs, mais également un suivi et un ajustement, si nécessaire.
- Même si les dépenses sont initialement bien planifiées, il est nécessaire de veiller à ce que leur exécution respecte les règles en vigueur, qu’il s’agisse de la réglementation financière ou des priorités du gouvernement.
- La validation des dépenses permet de garantir une traçabilité et une responsabilité vis-à-vis des engagements pris. Cela permet également de répondre aux exigences de transparence vis-à-vis des parties prenantes, qu’il s’agisse des autorités de contrôle, des citoyens ou des bailleurs de fonds.
- Les dépenses d’investissements peuvent, par nature, avoir des écarts entre les prévisions et la réalité. La validation permet de réajuster en temps réel les estimations des coûts et les ressources allouées en fonction des imprévus ou des nouvelles informations.
- Tout budget, même si sincère, peut comporter des risques ou des imprévus. La validation des dépenses permet de s’assurer que la gestion des ressources publiques reste optimale et que des arbitrages sont faits si nécessaire, notamment en fonction du contexte macroéconomique.
2) N’est-ce pas toi, Ousmane, qui avais engagé la responsabilité de ton gouvernement en nous affirmant à la page 18 de la LFI 2025 que : «La programmation des dépenses d’investissement accorde la priorité à celles qui sont alignées sur les nouvelles orientations politiques, qui contribuent à ses objectifs et qui ont un contenu élevé en matière de formation brute de capital fixe, afin de renforcer le stock d’immobilisations nécessaires à la réalisation des objectifs fixés par l’Agenda» ?
Réponse: La LFI 2025 repose sur une vision stratégique à long terme visant à renforcer les infrastructures et les capacités productives du pays, tout en alignant les dépenses d’investissement avec les priorités gouvernementales et les objectifs de développement durable. Les projets sont soigneusement sélectionnés en fonction de leur contribution à ces objectifs, en priorisant ceux qui renforcent le capital fixe et stimulent la croissance économique. Cette programmation n’est pas figée et requiert une certaine flexibilité et une validation continue des dépenses afin de garantir l’efficacité et la pertinence de ces choix dans un contexte en constante évolution. Chaque investissement est soumis à un suivi rigoureux et à une gestion transparente pour garantir des résultats tangibles et mesurables, contribuant à l’amélioration des infrastructures et au développement durable du pays.
3) Je tiens également à t’informer que nous sommes dans la phase de mise en œuvre de la transposition des directives du cadre harmonisé des finances publiques au sein de l’UEMOA, qui consacre l’ère du budget programme et de la gestion axée sur les résultats, avec une responsabilisation accrue des responsables de programme qui héritent ainsi de la fonction d’ordonnateur des dépenses. En centralisant la validation des dépenses d’investissement, vous risquez de nuire à l’efficacité des gestionnaires de programmes, de freiner la décentralisation des responsabilités, de réduire la flexibilité et l’adaptabilité nécessaires dans un système axé sur les résultats, et d’alourdir ainsi la bureaucratie.
Réponse: La décentralisation des responsabilités et la responsabilisation des gestionnaires de programmes sont, en effet, des piliers essentiels de ce processus. Cependant, il est important de noter que la centralisation de la validation des dépenses d’investissements n’a pas pour but de limiter cette autonomie, mais plutôt de garantir une cohérence globale dans l’allocation des ressources et une maîtrise des priorités stratégiques. Elle vise à s’assurer que les investissements respectent les grandes orientations définies par le gouvernement tout en garantissant une gestion rigoureuse des finances publiques. La validation des dépenses d’investissements n’est pas censé être un frein bureaucratique, mais plutôt un mécanisme de contrôle qui soutient la prise de décision, la rationalisation, la priorisation et l’efficience dans l’utilisation des ressources publiques, tout en respectant l’autonomie des responsables de programme. Aussi, il ne faut pas oublier que cette autonomie s’opère dans un cadre défini par le Président, à travers le Premier Ministre, et conformément aux lois et règlements.
En résumé, l’objectif de cette centralisation de dépenses est la mise en place d’un dispositif renforcé pour le pilotage, le suivi et l’évaluation des projets, découlant des 26 objectifs stratégiques et des réformes du plan quinquennal 2025-2029. Le Premier Ministre dispose d’une vue d’ensemble des différents programmes gouvernementaux lui permettant de suivre leur avancement, de détecter les synergies et d’éviter les chevauchements. Cette vue facilite la coordination des programmes en assurant qu’ils se complètent, se renforcent mutuellement et ne se répètent pas inutilement.
Eu égard à la gestion désastreuse du Sénégal par votre parti, une approche plus rigoureuse est cruciale.
Abdoulaye Dabo, Économiste, Analyste financier
Canada

