Des mouvements financiers enregistrés dans un compte d’Okapi Sénégal Suarl et d’autres éléments sur son fonctionnement, intriguent la Centif.
Libération révèle que la Cellule nationale de traitement des infomations financières (Centif) a ficelé une enquête explosive concernant Okapi Sénégal Suarl. Cette enquête est consécutive à la déclaration numéro Dsb0922015 transmise parune banque de la place pour des motifs de «transactions fractionnées sans justificatifs». Spécialisée dans les crédits et autres services d’intermé‐ diation financière et non financière,Okapi Sénégal a ouvert dans la banque en question un compte à la date du 20 mars 2020. L’examen pé‐ riodique du compte a fait ressortir des dépôts de montants exorbitants alors que l’activité principale du client, objet de l’entrée en relation qui est la Fintech, n’avait pas encore débuté, d’après la banque. En effet, du 01/06/2021 au 19/04/2022 le compte a été crédité d’un montant global de 20.787.790.245 Fcfa en 450 dépôts en espèces pour un chiffre d’affaires déclaré de 1000000000Fcfa. La majorité des dépôts dont un nombre important fractionnés ont été effectués par I.Dia, G.Tine, S.Diallo et M.Guèye «qui n’ont pas de liens vi‐ siblement connus avec la société Okapi ». Interpellé sur ces transferts, Okapi avait expliqué à la banque qu’elle ef‐ fectuait de l’intermédiation et impor‐ tait des marchandises qu’elle livrait à ses clients pour lesquels elle joue le rôle d’intermédiaire auprès des fournisseurs. Toutefois, l’identité exacte des tiers bénéficiaires de services d’in‐ termédiation n’est pas avérés. Par ailleurs, les informations collec‐ tées par la Centif sur Okapi Sénégal Suarl ont révélé qu’elle était une des douze filiales que compte la sociétéOkapi finance holding Ab créée en 2021 en Suède. Dans ces relations avec les institutionsfinancières, Okapi offre à travers ses filiales un nouveau service, B2B broker, pour les commerçants. Ce type de service offre un lien entre le consommateur et le fournisseur. Lebroker ou opérateur sur les places financières détient des informations sur les services fournis, s’occupe des détails de la commande, du provisionnement et de la connexion de ces ser‐ vices à l’application créée par le consommateur. Pour la Centif, ce type de service est assimilable à de l’intermédiation financière. Cependant, cette activité est régie au sein de l’Union monétaireouest africaine (Uemoa) par les dispositions de l’article 105 de la loi portant réglementation bancaire et son instruction d’application numéro 15‐12/2010/Rb. Or, Okapi Sénégal Suarl, qui ne possède aucun agrément de l’autorité compétente, pratique l’intermédiation financière illégale,d’après la Centif. Qui plus, l’exploitation du tableau des transferts émis par Okapi Sénégal Suarl a révélé d’importants transferts d’un montant cumulé de 26.485.544.998 «à destination de plusieurs tierces enti‐ tés inconnues de la relation ». Pour la Centif, il est établi qu’Okapi procèdeà un système de paiement par groupage qui consiste à amasser des fonds d’un groupe de clients, les transiter dans son compte bancaire puis effectuer des paiements à des fournisseurs l’étranger en toute illégalité. Enfin, il ressort de l’enquête qu’Okapi finance international Ab, représentée par Madame Mwepu Gisèle Bilonda, son pdg et directeur, a cédé à Okapi finance holding Ab, la totalité des parts sociales (100%), qu’elle possède dans Okapi Sénégal Suarl. Il a été constaté que l’acte de cession n’a pas été enregistré par les services fiscaux. En règle générale, la cession de parts sociales donne lieu à un droit d’enregistrement auprès des services des impôts ; par conséquent il s’agit d’un manquement aux obligations fiscales car le cédant des parts sociales est imposé au titre de l’impôt sur le revenu. L’enquête de la Centif, suivant d’autres déclarations de soupçons, s’est aussi étendue aux sociétés Africa trade services Sarl, Bitpesa Sénégal Suarl et Espace électro qui étaient en lien avec Okapi Sénégal Suarl. Nous y reviendrons. CMG, Libération

