Interpellé par la Division spéciale de cybersécurité (DSC), El Hadji Babacar Dioum, suspecté d’être derrière le sulfureux personnage « Kocc Barma », a rejeté toutes les accusations portées contre lui. À 14 reprises, il a martelé la même phrase face aux enquêteurs :
« Je répète que je n’ai pas consenti à l’exploitation de mon ordinateur portable, qui a été faite sans ma présence et celle de mes avocats. Je rejette donc l’ensemble des allégations. »
L’homme, âgé de 37 ans, est soupçonné d’être le cerveau d’un vaste réseau de cybercriminalité, mêlant stockage et diffusion de données à caractère personnel, images à caractère pornographique, atteinte à la vie privée, chantage, pédopornographie, extorsion, faux administratif et blanchiment de capitaux. Des chefs d’inculpation lourds, que l’intéressé balaie d’un revers de main.
Un début d’audition coopératif
Lors de son audition préliminaire, El Hadji Babacar Dioum s’est pourtant montré coopératif. « Je me nomme El Hadji Babacar Dioum, né le 24 février 1987 à Dakar. Je n’ai jamais été condamné, ni poursuivi par la justice de mon pays », a-t-il déclaré.
Selon lui, son interpellation fait suite à une plainte déposée par une certaine N. Diop, au nom de sa sœur A. Ndiaye, mineure de 16 ans, contre X, ainsi qu’à d’autres plaintes pour diffusion de contenus privés, chantage, et extorsion de fonds.
« Je suis disposé à répondre à toutes vos questions en toute objectivité », avait-il promis aux enquêteurs. Mais très vite, les choses se sont tendues.
Lorsque les enquêteurs lui ont présenté les éléments compromettants issus de l’exploitation technique de son MacBook Pro, le ton a changé. El Hadji Babacar Dioum a formellement refusé de reconnaître la validité de cette exploitation, affirmant ne pas avoir consenti à l’analyse de ses appareils. Il a également refusé d’en autoriser l’examen en sa présence, ni même en présence de ses conseils.
Tout au plus, il a reconnu posséder des notions de base en informatique : traitement de texte, navigation sur Internet, téléchargement simple. Mais face à l’ampleur des découvertes, sa défense s’est rapidement crispée.
Des fichiers accablants
Les enquêteurs affirment avoir découvert sur son ordinateur une quantité impressionnante de contenus sensibles : des milliers de fichiers, classés dans des dossiers aux noms évocateurs, tels que : « Paid not to publish », « Newgirls » (4 191 fichiers), « Seneg » (1 115 fichiers), « zbz » (407 fichiers), « Nouveau dossier 3 » (59 fichiers), « Nouveau dossier 4 » (147 fichiers), ainsi qu’un fichier texte intitulé « admin-site.txt », contenant les codes d’accès à deux plateformes pornographiques présumées créées ou gérées par le suspect : seneporno et babiporno.
Ces dossiers, retrouvés dans le bureau de son ordinateur, contenaient également des noms, numéros de téléphone et images de présumées victimes.
Interrogé à ce sujet, Dioum s’est contenté de répondre : « Je ne sais pas »,
« Je n’ai pas créé ces dossiers », « Je ne sais pas comment ils sont arrivés sur mon ordinateur. »
Des traces de transactions suspectes
Toujours à partir de l’exploitation de son MacBook, les enquêteurs ont retracé deux paiements électroniques effectués par des victimes présumées, dans le but de faire supprimer leurs vidéos compromettantes. Ces versements ont été effectués les 16 novembre 2022 et 25 janvier 2023, selon la DSC.
Une capture d’écran du répertoire « Download », issue de l’analyse technique, montre également que l’ordinateur de Dioum était connecté à un compte cloud à partir duquel il aurait commencé à téléverser des fichiers de nature sensible.
Confronté à ces éléments, l’intéressé a déclaré : « Je pense que je suis victime d’un piratage. Je ne peux pas apporter de précisions, car je ne maîtrise pas ce que vous venez de dire. »
Chronologie qui le contredit
L’analyse technique révèle cependant que les fichiers compromettants ont été installés sur l’appareil entre 2024 et 2025, contredisant ainsi ses allégations de piratage externe. Face à la pression des éléments matériels, il a fini par solliciter une pause : « Si possible, j’aimerais consulter mes avocats. »
Depuis l’arrestation d’El Hadji Babacar Dioum, les plaintes se multiplient au parquet et au niveau de la Division spéciale de cybersécurité. Des victimes, majoritairement des jeunes femmes, l’accusent de diffusion non consentie de leurs images intimes, souvent accompagnée de chantage ou de demandes de rançon.
L’enquête se poursuit pour déterminer l’ampleur réelle du réseau présumé et les éventuelles complicités. Mais pour l’heure, El Hadji Babacar Dioum nie en bloc et maintient sa ligne de défense : il ne serait qu’une victime… de son propre ordinateur.
Fana CiSSE

