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Elgas est cette présence intellectuelle rare, à la fois critique et profondément humaine, qui nous enseigne qu’écrire, c’est non seulement dire le monde, mais aussi le réinventer.

Mais, il faut du courage pour écrire. Mais il en faut bien plus pour résister à la tentation du raccourci intellectuel, surtout quand il s’agit de disséquer un processus politique jeune, complexe, et inédit. Dans sa tribune publiée dans Le Point, Elgas prétend livrer une analyse du pouvoir Diomaye–Sonko, mais confond chronique politique et dépit esthétique. Derrière une prose élégante, se cache une double exigence injuste : demander à un régime de 15 mois de réparer des décennies de prédation institutionnelle tout en le condamnant dès les premiers soubresauts de la bataille.

Ce texte se veut nuancé, mais multiplie les insinuations dangereuses : « climat inquisitorial », « impuissance », « désillusions », « autoritarisme rampant », « parti à réformer ». À croire qu’un gouvernement sorti de prison, élu dans l’urgence et entré en fonction avec un pays saigné à blanc par un régime prédateur, devait gouverner avec la grâce d’une démocratie nordique et les résultats immédiats d’un miracle.

Oui, Pastef gouverne. Mais gouverner, ce n’est pas faire de la magie. C’est s’attaquer à des structures figées, à une administration politisée, à une économie colonisée, à une élite hostile. Et cela ne se résout pas en un cycle budgétaire.

Mon cher confrère vous semblez regretter que Sonko ne devienne pas l’opposant idéalisé qu’il s’est fabriqué, ou l’homme d’État qu’il s’est imaginé. Or Sonko n’est ni un produit littéraire, ni un personnage de roman. Il est un Premier ministre sorti d’une longue persécution d’État, engagé dans une réforme de rupture, et lucide sur les résistances internes. Sa parole est ferme, souvent brutale, mais elle est cohérente avec les objectifs de refondation : rupture avec l’impunité, souveraineté nationale, redistribution des richesses, assainissement des institutions. Que cela dérange n’est pas une surprise, que cela choque certains intellectuels frileux, encore moins.

Quant au supposé « autoritarisme », parlons-en :

Qui a été jeté en prison pour avoir détourné des milliards ?

Qui est inquiété pour avoir falsifié des marchés publics ?

Qui répond enfin devant la justice, après avoir pillé des générations entières ?

Le seul autoritarisme qui menace aujourd’hui, c’est celui de l’ancienne élite économique et politique qui veut imposer ses règles au nouveau régime sous couvert de « démocratie » – c’est-à-dire d’un retour à l’ordre ancien.

Quant à Pastef, faut-il lui reprocher d’avoir une base diverse ? D’avoir rassemblé des fonctionnaires, des marxistes, des jeunes désabusés, des féministes, des croyants, des rêveurs, des technocrates, et des autodidactes ? Non. C’est justement cette pluralité qui en fait la plus grande expérience politique populaire de ces trente dernières années au Sénégal. Ce n’est pas un défaut, c’est une richesse. Et le monde regarde.

Les critiques sur les performances économiques oublient que ce régime hérite d’un pays au bord du défaut, d’institutions captives, d’un tissu social brisé. La résilience qu’on lui doit n’est pas d’aller vite, mais d’aller juste. On n’enterre pas une révolution après quinze mois. On la construit avec patience, pédagogie, et lucidité.

sur le fond : les jours intranquilles ne sont pas un signe de faiblesse. Ils sont le prix de la transition. L’histoire retiendra non pas la fébrilité du début, mais la capacité du pouvoir à tenir sa boussole, malgré les critiques faciles, malgré les impatiences légitimes, malgré les analystes prompts à jeter l’éponge à la première turbulence.

Pastef ne vacille pas. Il avance. Avec ses défauts, ses tensions, mais surtout une volonté ferme : gouverner autrement, et pour tous.

Cheikh Fatou Gaye

editor

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