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Dans une tribune acerbe publiée sur ses réseaux sociaux, l’écrivain sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021, s’est prononcé sur la gestion du pouvoir au Sénégal tout en pointant un pêle-mêle médiocrité, manque d’imagination et règlements de comptes au sommet de l’État. « Tout me paraît médiocre et sans hauteur. Tout me paraît surtout, et c’est le plus dramatique, sans imagination », écrit l’auteur de La Plus Secrète Mémoire des hommes, qui dit observer depuis plusieurs mois ce qu’il qualifie de « mauvais théâtre » au sommet de l’État sénégalais.

L’écrivain vise manifestement la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, dont il avait déjà décrit les « tribulations guerrières » en recourant à l’image d’un gallodrome. Cette fois, il convoque l’âne et la formule latine Asinus asinum fricat « l’âne frotte l’âne » avant de la compléter d’un proverbe wolof : « mbaam gàtt na, waaye ci jur gi la bokk » : « l’âne est court, mais il partage cela avec sa progéniture ».

Mbougar Sarr ne cède pas pour autant à un simplisme partisan. Il concède, avec une ironie maîtrisée, la liste des circonstances atténuantes habituellement invoquées : le legs économique dégradé du précédent régime, la lenteur structurelle des réformes, la complexité des trahisons, la logique du « campisme » politique. « Oui à tout cela : c’est la politique », écrit-il avant d’enchaîner sur ce qu’il ne peut taire.

Car c’est bien là l’essentiel de sa charge : le pays, dit-il, « continue de hoqueter à force d’avaler chaque jour une nouvelle couleuvre », et le mandat en cours lui paraît « déjà quasi-perdu », trop « enlisé dans la vase des egos » pour retrouver une direction « efficace, juste, humble et travailleuse ». Il redoute que ce mandat reste jusqu’à son terme « plombé par les révélations et les contre-discours, les blocages et les vengeances, les procès et les règlements de compte ». L’auteur ne s’exonère pas lui-même, reconnaissant sa part de responsabilité dans « l’affaissement de la qualité du débat public ». Mais il interpelle frontalement ceux qui ont le pouvoir, ceux qui l’eurent, et ceux qui aspirent à l’avoir.

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