Cette analyse mérite d’être prise au sérieux, notamment sur la question du pouvoir d’achat et du risque d’une austérité mal calibrée. Mais elle ne permet pas, à elle seule, de conclure que l’accord avec le FMI est une mauvaise décision. Le vrai problème est que le Sénégal doit aujourd’hui gérer deux contraintes en même temps : rétablir ses finances publiques et éviter de faire porter l’essentiel de l’effort sur les ménages modestes. C’est précisément là que le choix des mesures compte. La suppression des subventions généralisées peut effectivement être socialement douloureuse si elle est faite brutalement. Mais maintenir indéfiniment des subventions coûteuses n’est pas non plus une solution durable, surtout lorsque l’État doit déjà consacrer une part importante de ses recettes au service de la dette. La question devrait donc être : comment réformer les subventions sans abandonner les ménages vulnérables ? Sur la dette, je suis d’accord sur un point essentiel : les 2,2 milliards de dollars du FMI ne règlent pas à eux seuls le problème. Ils donnent surtout au Sénégal un cadre financier et économique pour restaurer progressivement sa soutenabilité. Le traitement de la dette sera donc déterminant.
Mais il faut éviter une autre confusion : traiter ou restructurer une partie de la dette ne signifie pas automatiquement que le Sénégal perd sa souveraineté ou qu’il est mis sous tutelle. Tout dépend des conditions négociées, des créanciers concernés, du coût final et de la capacité du pays à retrouver durablement l’accès au financement. Au fond, le débat ne devrait donc pas être FMI = austérité contre marché régional = souveraineté .
La vraie question est beaucoup plus concrète : quelles mesures permettent de réduire la dette, protéger les plus vulnérables, préserver l’investissement et éviter que le Sénégal ne se retrouve encore dans la même situation dans cinq ans ? C’est sur ces résultats qu’il faudra juger le programme, pas uniquement sur son étiquette FMI.

