En marge de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a enchaîné les entretiens stratégiques avec son homologue burundais Evariste Ndayishimiye et le Président français Emmanuel Macron, et d’autres dirigeants. Au-delà des partenariats bilatéraux et du rôle de la Cedeao, ces rencontres au sommet remettent en lumière une équation diplomatique inédite : le soutien du Sénégal et le positionnement des grands membres de l’Onu autour de la candidature de l’ancien Président Macky Sall pour succéder à António Guterres.
La diplomatie sénégalaise déploie ses ailes au siège des Nations unies, entre impératifs régionaux et ambitions globales. Ce mardi, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, s’est entretenu successivement avec le président de la République du Burundi, Evariste Ndayishimiye -président en exercice de l’Union africaine-, puis avec leP français Emmanuel Macron. Et hier, avec d’autres dirigeants comme les présidents finlandais, somalien, le Premier ministre grec, entre autres. Si ces échanges ont permis d’aborder les crises sécuritaires en Afrique de l’Ouest et la coopération bilatérale, les enjeux internationaux de l’heure, la présence sur la table des discussions d’un sujet bien précis n’est pas passée inaperçue : l’élection du prochain Secrétaire général des Nations unies.
Ajustements stratégiques et parrainage africain
La trajectoire vers la succession de António Guterres -dont le second mandat s’achèvera le 31 décembre 2026- suscite des manœuvres intenses dans les couloirs de l’Onu. La candidature de l’ancien Président sénégalais Macky Sall, officiellement enregistrée le 2 mars 2026, place le Sénégal dans une position singulière. Initiée sous le parrainage du Burundi avant d’être formellement reprise par les autorités de Dakar, la candidature de Macky Sall a figuré au menu de l’échange entre Bassirou Diomaye Faye et Evariste Ndayishimiye. Les deux dirigeants ont souligné la nécessité d’une synergie accrue entre la Cedeao et l’Union africaine face aux multiples transitions sécuritaires du continent. Dans cet esprit de cohésion, le chef de l’Etat sénégalais a profité de l’occasion pour inviter officiellement le Président burundais à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) Dakar 2026, prévue le 31 octobre.
L’axe Dakar-Paris et le verrou du Conseil de sécurité
L’entretien avec le Président français Emmanuel Macron revêt une portée géopolitique décisive. Au-delà du traditionnel tour d’horizon de la coopération bilatérale et de la réaffirmation d’un attachement commun à la Charte des Nations unies, la question du leadership futur de l’Onu a directement été abordée.
En tant que membre permanent du Conseil de sécurité disposant du droit de veto, la France joue un rôle prépondérant dans le processus de sélection. La recommandation formelle du candidat à l’Assemblée générale dépend de l’unanimité ou de la non-opposition des «P5» (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni). Bien que Paris n’ait pas encore rendu officiel son arbitrage, le fait que le Président Faye aborde directement ce dossier avec Emmanuel Macron, en présence du Président Sall, qui a une très forte proximité avec le chef de l’Etat français, témoigne de la volonté de la diplomatie sénégalaise de faire prévaloir les intérêts du continent tout en assurant une continuité institutionnelle pragmatique.
Une diplomatie dE’tat au-dessus des clivages domestiques ?
Pour Bassirou Diomaye Faye, le portage de la candidature de son prédécesseur relève d’un exercice de haute voltige politique. En poussant un profil africain chevronné à la tête de la première organisation internationale, le chef de l’Etat réaffirme que la voix du Sénégal et la quête de représentativité du continent aux plus hautes instances mondiales priment sur les contingences de politique intérieure. Dans un contexte de recomposition des équilibres multilatéraux, ce ballet diplomatique à New York démontre que Dakar entend rester un acteur influent, capable de naviguer avec habileté entre solidarité africaine et négociations avec les grandes puissances.

