Port de Dakar asphyxiant, concurrence étrangère jugée déloyale et dialogue au point mort avec les autorités : l’Unacois et l’Acis ont dressé, ce mercredi, un tableau sombre de l’économie nationale. Face à la fermeture en chaîne des entreprises et à la destruction massive d’emplois, les commerçants et industriels du Sénégal exigent des mesures d’urgence et brandissent la menace d’un boycott des compagnies maritimes.
L’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois) a posé, ce mercredi à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad), «le premier acte d’une vaste opération de mobilisation». Aux côtés de l’Association des commerçants et industriels du Sénégal (Acis) et du Ceatlcs, le patronat commerçant a dressé le constat alarmant d’un secteur au bord du gouffre. Son Directeur exécutif, Ousmane Sy Ndiaye, a détaillé les trois grands fléaux qui étouffent aujourd’hui le commerce, l’industrie et les transports.
Une concurrence étrangère jugée «intenable»
Premier fléau dénoncé : la pression exercée par les opérateurs internationaux. «Nos entreprises meurent les unes après les autres. Nos investissements disparaissent les uns après les autres», a martelé Ousmane Sy Ndiaye. Selon lui, des vagues de licenciements surviennent chaque semaine, les acteurs nationaux ne parvenant plus à rivaliser avec les groupes venus d’Asie et du Moyen-Orient. «Trop, c’est trop !», a-t-il lancé.
Les organisations pointent du doigt l’importation de produits largement subventionnés et sous-facturés, l’emprise quasi monopolistique de grands groupes étrangers et le développement d’une économie parallèle non fiscalisée. Estimant que chaque fermeture d’entreprise détruit 10 à 50 emplois directs, l’Unacois et l’Acis exigent l’activation immédiate des clauses de sauvegarde et la création d’une Autorité de la concurrence indépendante.
Le Port de Dakar sous le feu des critiques
Deuxième grief majeur : la gestion et les coûts de passage au Port autonome de Dakar. «Les pratiques de facturation et de prestation qui y sévissent dépassent l’entendement», a dénoncé le Directeur exécutif. D’après ses calculs, une marchandise débarquée au port ressort avec plus de 45% de frais supplémentaires, ce qui alimente directement la cherté de la vie et le renchérissement des denrées de première nécessité.
Les opérateurs économiques dénoncent des tarifs fixés sans régulation par les acconiers et les compagnies maritimes, des conteneurs immobilisés pendant 15 à 21 jours et des frais de surestarie variant de 150 000 à 300 000 F Cfa par jour. Ils signalent également des ouvertures de conteneurs effectuées hors de la présence des importateurs. Pour stopper ces abus, les organisations réclament un audit indépendant des coûts portuaires, le plafonnement des prix et la publication obligatoire des grilles tarifaires.
Rupture du dialogue : la menace d’un boycott brandie
Troisième fléau, placé par Ousmane Sy Ndiaye «à la source de tous les maux» : la panne du dialogue public-privé. «Si le gouvernement était suffisamment au parfum des risques et des difficultés auxquels le secteur privé est confronté, nous n’en serions pas là», a-t-il déploré. Il exhorte l’Exécutif à mettre en œuvre de toute urgence les recommandations issues des précédentes rencontres avec la Primature, et à instaurer un cadre de concertation sectoriel réuni chaque trimestre sous l’autorité du Premier ministre, avec des décisions à portée contraignante.
Abondant dans le même sens, le président de l’Acis, Khadim Sylla, a révélé que les nombreuses correspondances adressées aux autorités territoriales et ministérielles sont restées sans réponse. Faute de concertation rapide, les commerçants avertissent qu’ils envisagent de suspendre toute collaboration avec les compagnies maritimes et l’opérateur DP World.
Par Malick GAYE –
mgaye@lequotidien.sn

