Auditionnés par la Commission d’enquête parlementaire sur la gestion du patrimoine immobilier public, les anciens directeurs généraux de la Sogepa, Elimane Pouye et Yaya Abdoul Kane, ont levé le voile sur des supposées décennies d’opacité, de cessions déguisées et de vide documentaire.
Auditionné pendant plus d’une heure en wolof, l’ancien directeur général de la Société de gestion du patrimoine immobilier de l’État (Sogepa) de 2024 à 2026, Elimane Pouye, a détaillé les mécanismes d’aliénation du domaine public. Pointant du doigt des pratiques à la limite de la légalité, il a dénoncé l’usage de baux emphytéotiques détournés en « cessions déguisées » pour contourner l’interdiction de vente directe fixée par le Code du Domaine de l’État.
Le schéma était bien rodé : l’octroi d’un bail emphytéotique suivi de la démolition du bien et de l’annulation du bail, pour déboucher sur une cession définitive par la Direction des Domaines. Cette dernière s’est régulièrement appuyée sur une interprétation dévoyée des lois d’exception de 1987 et 1994 — censées gérer les seuls actifs spécifiques nés de la dévaluation — pour justifier de multiples ventes. Face à ces dérives, M. Pouye a indiqué avoir entrepris l’annulation, la renégociation ou la résiliation des baux irréguliers.
Les chiffres égrenés devant la commission parlementaire illustrent l’ampleur du chantier : si un député a parlé d’un parc estimé à 2 200 bâtiments appartenant à l’État, seuls 520 ont fait l’objet d’une documentation formalisée dans le périmètre de Dakar-Plateau, et au moins 30 d’entre eux ont déjà été cédés.
Un gouffre financier et un flou documentaire
Entendu également ce jeudi 8 octobre 2026, Yaya Abdoul Kane, ancien patron de l’Agpbe et de la Sogepa à partir de 2019, a révélé qu’à sa prise de fonction, seuls 192 bâtiments étaient répertoriés. Un recensement ultérieur a permis d’en identifier environ 2 000, mais la traçabilité reste critique : sur le secteur de Dakar-Plateau, à peine 520 édifices sont formellement documentés, dont 30 ont déjà été cédés.
M. Kane est revenu sur plusieurs baux accordés dans les zones prisées de Mermoz, Fann et de la Cité Fayçal, les qualifiant de juridiquement caducs faute de décret présidentiel ou de respect des délais. Il a souligné que certains contrats étaient attribués sur instructions directes de la présidence de la République.
Enfin, la question du poids des charges locatives a été soulevée : avant 2019, les arriérés de loyers dus par l’État à des privateurs s’élevaient à près de 35 milliards F Cfa. Face à ce bilan alarmant, les deux anciens responsables et les députés s’accordent sur l’urgence absolue d’établir une cartographie numérisée et exhaustive de l’ensemble du parc immobilier public au niveau du ministère de l’Économie et des Finances.

