« Senzela », ce quartier situé dans la commune de Grand-Yoff est célèbre de par son nom. C’est le lieu de rencontres de nombreux jeunes aux agissements peu scrupuleux. Immersion dans une zone où l’alcool et la drogue coulent à flot…
Au quartier Arafat, en face du collège Cardinal Hyacinthe Thiandoum de Grand-Yoff, s’enfonce une ruelle sablonneuse truffée de petites pierres. Des maisons bariolées de hauteurs différentes bordent, sur toute sa longueur, cette venelle. Le bout de cette dernière mène directement au quartier Senzela. Une fois à l’intérieur, les cris stridents des enfants qui jouent au football tympanisent les passants. La poussière qui se mélange à l’air dicte sa loi dans le quartier. À quelques mètres de l’espace de jeu des mômes, on aperçoit un groupe de personnes assises sur des briques et des bidons d’eau vides, tout en étant en pleine discussion. Des scooters de marque « Beverly » aux couleurs différentes avec des éraflures, sont garés à proximité.
En s’approchant plus près d’eux avec prudence, on aperçoit les canettes et bouteilles d’alcool qui campent le décor. Le tout associé aux mégots de cigarettes qui jonchent le sol. L’alcool peste dans ce coin du quartier avec ferveur. Certains d’entre eux sont ivres. D’autres sont sur le point de l’être. Les rares flâneurs du moment n’hésitent pas à jeter quelques regards indiscrets en leur direction. « C’est dans cet environnement déplorable que nous vivons avec eux depuis plus de 10 ans », se plaint un habitant du quartier qui n’a pas voulu divulguer son identité. La distribution du chanvre indien est monnaie courante entre eux. Bizarrement, ils se le partagent sans gêne, sans se soucier des œillades indiscrètes. À peine la distribution terminée, les premières émanations de cette mauvaise herbe polluent l’atmosphère. On se croirait dans un milieu interlope fermé. « Les odeurs qui émanent ici, sont devenues habituelles », selon Ismaila Ndour, un habitant du quartier, très agité. Vêtu d’une chemise blanche et d’un jean bleu, sacoche en bandoulière, l’homme, la trentaine, ajoute : « On n’a pas de solution c’est à cause de ça qu’on continue à vivre avec ces gens. Si on avait le choix, ils n’allaient plus squatter ce quartier ».
Le banditisme à son comble
Le nom du quartier est gravé sur la quasi-totalité des murs. Comme pour faire comprendre aux gens qui passent dans cette zone que vous vous trouvez à Senzela. Ils ont quasiment le même accoutrement. Ceux trouvés là-bas portent des joggings avec des poches, d’autres des jeans avec des chaussures fermées en plastique. De larges cicatrices parsèment des parties de leur corps, certainement causées par des armes blanches ou des tessons de bouteilles. Ceux qui ont des balafres sur le visage ont recours aux masques pour cacher les stigmates. Ils ont un langage à part, qui n’est pas accessible à tout le monde. Des adolescents qui devraient se trouver à l’école se font voir dans leur groupe. Ils semblent enthousiasmés d’y être de par leur comportement. Les insultes et les bagarres violentes sont récurrentes dans le quartier, sous le regard impuissant des habitants. Mère Fall, une dame, la soixantaine, teint noir, emmitouflée dans un grand boubou rouge, assise sur une chaise en paille tout près de sa demeure, nous en dit plus. « Beaucoup de personnes ont été poignardées ici au cours de bagarres sanglantes. La violence est très visible dans ce lieu, car ces individus en font la propagande chaque jour », argue la dame âgée. Ce lieu n’est pas seulement fréquenté par les hommes. Des femmes dont on ignore la provenance ont subtilement rejoint la discussion des hommes où l’alcool et le chanvre indien continuent de régner. La vente de chanvre indien est très prisée par ces gaillards, hostiles à la présence d’un inconnu. Cela se comprend, ils ne veulent pas se faire alpaguer en flagrant délit par des policiers en civil. Un homme taciturne, chauve, barbu et frêle trouvé dans une boutique de la place confie délicatement le commerce illicite qu’il voit à Senzela. « Le chanvre indien se vend comme de petits pains dans ce quartier. Et c’est vraiment désolant. Personne n’ose les dénoncer par peur de se faire attaquer », déplore-t-il.
La hantise de se faire agresser
« Quand je passe par ici, mon cœur bat la chamade. Je sens des ondes négatives en ce lieu. Je n’ai guère confiance en ces hommes qui passent tout leur temps à Senzela. À tout moment ils peuvent vous attaquer », soutient Mounasse, une jeune dame qui a l’habitude d’arpenter cette rue pour rallier son lieu de travail.
À Grand Yoff, beaucoup de personnes évitent de passer par ce quartier. Car les cas d’agressions dénombrés sont nombreux et poussent souvent les gens à dévier de leur chemin. C’est rare de voir un passant qui manipule son téléphone portable en pleine rue à Senzela. Certains déambulent avec leurs mains dans leurs poches. D’autres marchent tranquillement sans rien avoir entre les mains.
Le plus grave est que ces individus qui mènent cette vie au quotidien se considèrent comme un gang avec leurs alliés et leurs ennemis. « Au sein du quartier, ils ont des amis qui les protègent quand ils commettent des agressions », souligne le jeune Ismaila Ndour. Il ajoute : « Tant qu’ils seront là avec nous, les agressions ne vont jamais cesser. C’est logique que ce sentiment d’insécurité qui y règne ait atteint son paroxysme ». Ces gens qui squattent régulièrement leur point de rencontre sont toujours à la recherche d’une potentielle cible pour prendre ses biens en usant de la violence. Les habitants de la localité le savent, mais ils sont animés par une peur inouïe de les dénoncer. L’insécurité gagne du terrain à Senzela de jour en jour et les jeunes du quartier sont exposés à l’idée de rejoindre ces délinquants qui ne se fixent aucune limite.
Reportage d’El Hadji Ibrahima DIALLO (Stagiaire)

