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Face à cette accumulation d’interrogations, José Ángel González Tausz, président du Conseil d’administration de AEE Power EPC, a choisi de rompre le silence. Le dossier ne cesse d’alimenter les conversations à Dakar comme dans les couloirs de l’administration sénégalaise. Depuis plusieurs mois, le contrat liant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser) à la société espagnole AEE Power EPC pour l’électrification de 1 700 villages à travers le pays est scruté, commenté, parfois même fantasmé. Rumeurs de fuite, soupçons de détournement, interrogations sur le sort de dizaines de milliards de francs Cfa : le climat s’est peu à peu chargé de suspicion autour de ce partenariat pourtant présenté, à l’origine, comme un projet phare de la politique d’accès à l’électricité en milieu rural.

Face à cette accumulation d’interrogations, José Ángel González Tausz, président du Conseil d’administration de AEE Power EPC, a choisi de rompre le silence. De passage à Dakar, l’homme d’affaires espagnol a accepté de répondre longuement aux questions, balayant un à un les points de crispation : l’utilisation des fonds avancés par l’État, la suspension du contrat par l’Autorité de régulation des marchés publics (Arcop), la rupture avec son ancien partenaire sénégalais, Seydou Kane, et les conditions qu’il pose désormais pour la reprise des travaux.

Un contrat d’ampleur, né sous l’ancien régime

Le projet remonte à plusieurs années et s’inscrit dans une longue tradition d’intervention du groupe espagnol sur le continent africain. Selon González Tausz, AEE Power revendique une expérience de quarante à cinquante ans dans la réalisation d’infrastructures électriques en Afrique, avec une présence marquée en Afrique de l’Ouest — Côte d’Ivoire, Togo, Sénégal, Guinée-Conakry, Gambie — mais aussi en Afrique centrale et australe, au Congo, en République démocratique du Congo, en Angola, en Namibie, au Kenya et en Tanzanie. C’est cette expertise, assure-t-il, qui a justifié le choix de sa société par les autorités sénégalaises pour piloter l’électrification de 1 700 villages, dans le cadre d’un contrat évalué à 140 millions d’euros.

Le contrat a été signé sous le régime précédent, par l’entremise de l’ambassade du Sénégal en Espagne et d’un homme d’affaires sénégalais, Seydou Kane, présenté à l’époque comme un entrepreneur dynamique et fiable. AEE Power affirme avoir mené ses propres vérifications avant de s’engager, notamment auprès d’une banque espagnole qui aurait confirmé le sérieux et la solvabilité de son futur partenaire. C’est dans ce contexte qu’est née l’idée de créer une filiale locale, AEE Power Sénégal, une pratique que le groupe dit appliquer systématiquement dans les pays où il opère. Un contrat de fourniture de poteaux et de montage local a alors été signé entre la maison mère et cette filiale sénégalaise — mais, insiste González Tausz, sans qu’existe de lien contractuel direct entre l’Aser et AEE Power Sénégal.. Tous les sous-traitants engagés localement l’auraient été avec la connaissance et l’aval de l’agence, sans pour autant que celle-ci soit juridiquement liée à eux.

Où sont passés les 37 milliards de francs Cfa.

C’est la question qui revient inlassablement dans les discussions publiques : que sont devenus les 37 milliards de francs Cfa évoqués dans cette affaire ? González Tausz apporte des précisions chiffrées. Sur les 140 millions d’euros que représente le contrat global, 56 millions d’euros ont été versés par l’État sénégalais à titre d’avance. Il s’agit là, explique-t-il, d’une pratique classique dans le secteur des infrastructures : une avance permet à l’entreprise attributaire de conclure des accords avec ses fournisseurs et de mobiliser ses équipes avant même le démarrage effectif des travaux. Cette somme a vocation à être remboursée progressivement, au fur et à mesure de l’avancement du chantier.

En contrepartie de cette avance, la société assure avoir apporté des garanties financières substantielles : 37 milliards de francs Cfa auraient été avancés par l’État, et 41 milliards de francs Cfa auraient été garantis par AEE Power elle-même, via une société de cautionnement homologuée par le ministère des Finances sénégalais. Cette entité de garantie ne travaillerait pas exclusivement pour AEE Power, précise-t-il, mais interviendrait dans une douzaine de pays africains, ce qui, selon lui, atteste de son sérieux et de sa fiabilité. Les garanties bancaires en question auraient déjà été déposées et payées, avec les contre-garanties nécessaires.

ParThierno Gueye

editor

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