L’ancien ministre de l’Intérieur et maire de Linguère, Aly Ngouille Ndiaye, s’est livré à un tour d’horizon sans concession de l’actualité politique et sociale. Entre vives critiques sur le rôle des commissions d’enquête parlementaires, révélations sur la gestion des fonds de secours et refus catégorique d’un couplage des élections, le leader politique n’a pas ménagé le pouvoir en place.
«Ce n’est que du show, il y a des dossiers plus urgents.» Interrogé par Sénégal7 sur la multiplication des commissions d’enquête parlementaires focalisées sur d’anciens dossiers, Aly Ngouille Ndiaye s’est montré particulièrement critique. Pour l’ancien ministre, l’Assemblée nationale se trompe de priorités en déterrant des affaires caduques au lieu de s’attaquer aux urgences immédiates des citoyens.
«Ces commissions d’enquête sur des dossiers caducs ne servent à rien, ce n’est que du show. Il y a pourtant des dossiers récents et bien plus urgents qui méritent une enquête parlementaire. Un maire (de Balou) a affirmé n’avoir rien reçu des 8 milliards de F Cfa annoncés par l’Etat pour soutenir les victimes des inondations dues à la crue du fleuve Sénégal à Bakel. Où est passé cet argent ? C’est cela qu’il faut éclaircir, comme les 5 milliards à leurs propres militants», conseille Aly Ngouille Ndiaye, qui commentait la création en série des commissions d’enquête parlementaires.
S’exprimant sur la médiatisation et la diffusion en direct de certains débats judiciaires ou financiers, notamment autour du fonds «Jamm», Aly Ngouille Ndiaye s’y est fermement opposé. Evoquant la sensibilité de la matière, il estime que la surexposition médiatique nuit à la sérénité des procédures. «Je ne suis pas d’accord pour que l’on diffuse en direct les auditions sur les fonds «Jamm», car c’est une question extrêmement sensible. Même au Tribunal, il y a des dossiers d’Etat que l’on juge à huis clos. Cela ne sert à rien de les diffuser en public.»
Pour illustrer les dérives des tensions politiques et le climat de violence subie par les acteurs publics, l’ancien ministre est revenu sur un épisode douloureux de son histoire personnelle : «En 2023, des gens ont brûlé ma maison à Touba, et cela a été fait à dessein.»
Pas de couplage des élections : «Ce ne serait pas dans l’intérêt du pouvoir»
Sur le terrain électoral et institutionnel, Aly Ngouille Ndiaye s’est montré catégorique quant aux rumeurs d’un éventuel couplage des élections locales et législatives. Selon lui, la complexité du scrutin local rend une telle option irréaliste et politiquement périlleuse pour la majorité. «Il n’y aura pas de couplage des élections locales et des Législatives. Le Président ne le fera pas, et ce ne serait pas dans l’intérêt du pouvoir de le faire. Les Locales sont les élections les plus difficiles. Certains leaders n’attendent même pas de nominations ministérielles : leur seul objectif est d’être investis chez eux. En 2022, il y avait eu un raz-de-marée de listes parallèles, et le Président avait tenté des arbitrages sans y parvenir, avant de laisser chacun faire sa liste.»
Retrait de la mairie de Linguère : passer le flambeau à la jeunesse
Enfin, Aly Ngouille Ndiaye est revenu sur son ancrage politique à Linguère et sur son avenir à la tête de la municipalité. Fort de son bilan, il annonce qu’il ne sollicitera pas de nouveau mandat local et préfère céder la place à la relève. «Si j’étais dans le gouvernement en 2022, je ne me serais pas représenté, et cette fois-ci, ce sera le cas. J’ai fait mon temps à la mairie de Linguère. Mes réalisations y sont visibles partout. J’ai autour de moi des jeunes capables de prendre le relais, pourvu qu’ils portent un vrai projet de société pour la commune.»

