Dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale, Elimane Pouye, ancien directeur général de la SOGEPA, a été auditionné sur les opérations de cession d’immeubles du patrimoine bâti de l’État à des particuliers. Selon lui, 520 dossiers fonciers ont été traités durant ses 28 mois à la tête de la direction, tandis que ses prédécesseurs avaient identifié environ 2 200 bâtiments appartenant à l’État.
Le Premier ministre d’alors, Ousmane Sonko, avait donné instruction, lors du Conseil des ministres du 22 mai 2024, au ministre des Finances et au directeur général de la SOGEPA de faire le point sur la situation des cessions du patrimoine bâti au Sénégal.
Dès son arrivée, M. Pouye a indiqué qu’un total de 2 200 bâtiments étatiques avait été déclaré, dont plus de 1 600 à Dakar, tout en précisant :
« C’était juste une déclaration théorique avec un fichier Excel contenant une simple liste de bâtiments identifiés par leurs titres fonciers, sans documentation physique ni cartographie du patrimoine bâti de l’État. »
Avant d’ajouter : « Lors de ma prise de fonction, j’ai enquêté sur ce fichier Excel qui recensait uniquement des titres fonciers sans fond documentaire physique, d’où l’absence totale de cartographie réelle du patrimoine bâti de l’État. »
Selon lui, l’ancien site abritant la Gendarmerie nationale et les Archives nationales, d’une superficie de 5 000 m² située en face de la Primature, a fait l’objet d’une cession illégale.
« L’État du Sénégal l’avait attribué à la société AD Immobilier, aux propriétaires de nationalité israélienne, pour la construction d’un bâtiment. L’opération consistait à céder entièrement l’ensemble immobilier à des étrangers après évaluation du site », a-t-il révélé.
Ancien secrétaire général du Syndicat des impôts et domaines, Elimane Pouye a publiquement dénoncé la cession de cet espace foncier stratégique situé en centre-ville.
Il a également qualifié la situation d’occupation de désastreuse : certains bâtiments ont été démolis, d’autres restent occupés par des services étatiques ou demeurent vides.
Pour bloquer ces cessions, il a pris des mesures conservatoires à trois niveaux.
« Nous avons saisi le ministère des Finances pour annuler les contrats de bail, ainsi que la DSCOS (Direction de la Surveillance et du Contrôle de l’Occupation du Sol) afin de suspendre et d’interdire tout chantier sans autorisation de levée de ces suspensions. » a-t-il expliqué.Par ailleurs, il recommande la publication du Tableau général des propriétés bâties de l’État (TPBE) et la transmission de la liste exhaustive des arrêtés de cession définitive.

