« Nous vivons un siècle pressé. Tout y est attendu pour hier. La lenteur passe pour une faute. L’attente, pour une défaite. La constance, comme un entêtement dans notre âge. La vie du Président Wade dit exactement le contraire. Quatre fois, il s’est présenté aux suffrages de ses compatriotes. (…). Et quatre fois, il dût s’incliner devant choix des siens. Quatre défaites qui auraient brisé un homme ordinaire ou l’auraient jeté dans l’aigreur. Dans la tentation du renoncement ou dans celle de la force. De ses quatre défaites, Wade en fit des marches. Tout en refusant, disait-il, de marcher sur des cadavres dans sa conquête. (…) Faire de la patience une forme haute de courage, car il est plus difficile d attendre sans faiblir que de céder à l’empressement d’un jour (avec le sourire taquin et devant les applaudissements du public majoritairement libéral, les ovations debout des compagnons de la première heure de Wade comme Me Madické Niang).
À la jeunesse à qui notre époque promet que tout est facile et que tout est dû, cette vie, celle de Wade, enseigne une vérité plus rude et plus belle. Cette vérité, c’est que rien n’est durable dans la précipitation. C’est vérité est que les plus justes causes, sont presque les plus patientes.
La deuxième vertu du Président Abdoulaye Wade, c’est le respect de l’adversaire. (…) Wade nous enseigne que l’adversaire d’aujourd’hui n’est pas un ennemi. C’est un compatriote bienveillant qui voit le pays autrement et avec lequel il faudra, une fois le combat terminé, continuer d’habiter en paix dans la même maison, Sénégal. Nos désaccords, si profonds soient-ils, demeurent des désaccords entre frères et sœurs. On peut s’opposer sans se déchirer et se succéder sans se détruire.(…)
Abdoulaye Wade fut de ses hommes qui refusent le partage que l’époque croit obliger. Il voulut l’audace sans l’impudence. La fermeté sans la haine. La fidélité à son parti (et là il élève le ton de sa voix en brandissant haut son index vers le public, provoquant les ovations de celui-ci) sans sacrifier la primauté de la patrie. (…) Un homme de combat, jamais de rancune. Un homme pouvoir. Jamais prisonnier du pouvoir.
(…) Vous nous avez appris que l’adversaire du jour n’est pas un ennemi et qu’il peut même devenir le partenaire du lendemain. Vous nous avez appris qu’aucune querelle, si vive soit-elle, ne mérite pas que l’on déchire le pays qui nous est commun. Vous nous avez appris que servir sa jeunesse vaudra toujours mieux que de se servir d’elle.
(…) Monsieur le président, permettez-moi, pour finir, une confidence. Aux heures où la fonction est la plus solitaire, il est des présences anciennes vers lesquelles l’esprit se tourne. La vôtre est assurément de celles-là. Non pas pour les réponses que vous auriez données, car chaque temps a les siennes. Mais pour cette manière que vous aviez de ne jamais désespérer du Sénégal. Ou même d’un compagnon qui se perd dans l’acrimonie et dans la haine de l’autre. Vous m’avez appris sans le savoir qu’on peut tenir bon sans se durcir. Et continuer d’aimer profondément un pays qui vous éprouve. Cela, monsieur le président, aucun manuel ne l’enseigne. On le reçoit humblement de ceux qui ont servi la nation avant nous et qui l’ont fait grandir. Vivez longtemps parmi nous, Monsieur le président. Le Sénégal n’a pas fini d’apprendre de vous. Que Dieu vous garde. Jerejeuf Wade ! »

