Entre le coût élevé des manuels scolaires et le changement fréquent des éditions, les parents d’élèves peinent à suivre. Au marché de Colobane, les parents d’élèves dénoncent le coût élevé des livres scolaires et les difficultés à les réutiliser d’une année à l’autre. Face à cette situation, ils appellent l’État à agir pour alléger les dépenses des familles.
Dès la rentrée scolaire, l’achat des fournitures et des manuels représentent un véritable casse-tête pour de nombreuses familles à cause du nombre de livres exigés par les établissements, de leur coût jugé élevé et du renouvellement fréquent des éditions. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes dénoncent cette situation et certains parlent même d’une « arnaque ». D’autres, comme l’influenceur Bathie Drizzy, appellent les parents à boycotter ces livres et interpellent les autorités sur la nécessité de subventionner les manuels scolaires.
« Les livres, un casse-tête pour tout le monde »
Moustapha Cissé, vendeur de livres et lui-même parent d’élève, dénonce notamment le changement fréquent des éditions, qui empêche parfois les familles de réutiliser les anciens manuels d’un enfant à l’autre.
« À l’époque, si ton enfant devait étudier, tu allais chercher de l’argent et lui acheter le livre, ou alors, tu allais dans une librairie pour acheter un bouquin bon marché. Mais aujourd’hui, on constate que chaque année, les éditions changent, et chaque année, on demande aux élèves d’acheter de nouveaux livres », déplore-t-il.
Pour lui, cette pratique donne le sentiment que les manuels scolaires sont devenus avant tout un produit commercial. Il estime que les familles sont les premières victimes de cette situation, surtout lorsqu’elles ont plusieurs enfants scolarisés.
« À l’heure actuelle, prenons le cas de parents d’élèves qui ont quatre enfants, et à qui l’on demande d’acheter plusieurs livres. Un livre coûte déjà environ 3 500 francs CFA. Imaginez les dépenses que cela représente pour les parents. La situation s’est détériorée aujourd’hui. Les livres que l’on achète aux élèves coûtent de plus en plus cher, et cela dépend de chaque édition. Actuellement, nous sommes en 2026, mais on pense déjà à 2027. Pourtant, pour les éditions 2022 et 2025, on retrouve parfois les mêmes contenus. Les parents doivent se débrouiller pour trouver l’argent nécessaire, qu’ils aient deux, trois ou même quatre élèves. C’est vraiment un casse-tête pour tout le monde », explique-t-il.
« Le changement d’édition rend parfois cette réutilisation impossible »
Au-delà du prix, c’est surtout la difficulté de transmettre les anciens livres aux cadets qui suscite l’incompréhension. Lorsqu’un enfant termine une classe et passe au niveau supérieur, ses manuels pourraient servir à son petit frère ou à sa petite sœur. Mais, selon les parents rencontrés, le changement d’édition rend parfois cette réutilisation impossible.
« Les quatre ou cinq livres que nous achetons pour les élèves posent souvent des difficultés aux parents. Aujourd’hui, les parents sont très fatigués parce que l’achat des livres représente une charge qu’ils ne peuvent pas supporter. Cela cause de vrais problèmes. Les temps ont changé. À notre époque, nous achetions des livres et nos petits frères pouvaient les réutiliser. Lorsque les parents achetaient de nouveaux livres, les plus jeunes pouvaient ensuite s’en servir. Mais maintenant, ce n’est plus le cas. Alors, qu’est-ce qui explique cela ? C’est préoccupant », dénonce El Hadji Sow.
Le parent d’élève insiste également sur le coût des manuels, qui varie selon les ouvrages. « Chaque livre coûte environ 3 000 F CFA. Imaginez un parent d’élève qui a besoin de dix ou quinze livres. Certains ouvrages coûtent même 6 000 ou 7 000 francs CFA. C’est vraiment dur », indique-t-il, tout en interpellant l’État.
« Le gouvernement devrait vraiment aider les parents d’élèves. Nous sommes très fatigués. Si l’État pouvait nous aider, cela arrangerait tout le monde. Nous voulons pouvoir acheter les manuels, les cahiers et tout ce dont nos enfants ont besoin pour étudier », plaide-t-il.
Pour Saliou, également parent d’élève et commerçant au marché de Colobane, les parents se retrouvent obligés d’acheter les livres, même lorsque leurs moyens ne leur permettent pas de faire face à toutes les dépenses.
« Au marché, parfois, tu peux rester du matin au soir sans rien vendre. Pourtant, on n’a pas le choix : on est obligé d’acheter les livres pour les enfants. C’est cher, surtout lorsqu’on doit en acheter pour plusieurs élèves. Tu viens, tu achètes un livre à 3 500 F CFA, puis un autre à 1 600 F CFA. C’est compliqué pour les parents. L’État doit faire des efforts pour nous soutenir, car nous n’avons plus les moyens de tout prendre en charge », témoigne-t-il.
Il déplore aussi que les familles puissent de moins en moins se prêter ou se donner les anciens livres scolaires. Cette pratique permettait pourtant aux parents de réduire les dépenses liées à la rentrée scolaire.
« Le changement constant d’édition, c’est une arnaque »
Mamadou Moustapha Fall, également parent d’élève, estime que les nouveaux livres publiés chaque année répondent davantage à des intérêts commerciaux qu’à de réels besoins pédagogiques. Il demande aux autorités de mieux encadrer le renouvellement des éditions.
« Les livres, c’est une arnaque, oui, parce que chaque année, une nouvelle édition sort. Ils devraient sortir une nouvelle édition tous les cinq ans. Il n’y a pas de grands changements entre les éditions, et pourtant, on demande toujours aux parents d’acheter de nouveaux livres. C’est purement commercial. Ils veulent vendre, c’est tout », dénonce-t-il.
Pour ce parent, l’État doit fixer des règles afin d’éviter que les familles soient contraintes de renouveler leurs manuels chaque année. « Il faut que l’État leur donne un règlement : vous ne pouvez préparer une nouvelle édition que tous les cinq ans. Il faut arrêter cette pratique. Les parents ont déjà beaucoup de dépenses à supporter pour envoyer leurs enfants à l’école », insiste-t-il.
Au marché de Colobane, les parents dénoncent surtout le prix élevé des livres scolaires et le fait que les anciens manuels ne peuvent pas toujours être réutilisés d’une année à l’autre. Ils reconnaissent l’importance de ces livres pour l’apprentissage des enfants, mais craignent que leur coût ne devienne un obstacle à leur scolarité.
Ils demandent ainsi aux autorités de revoir les prix, de limiter le changement fréquent des éditions et de faciliter l’accès aux manuels scolaires. Pour eux, cela permettrait de réduire les dépenses de rentrée et d’aider les enfants à mieux étudier.
Fatime Gueye

