L’affaire du bateau d’urée est un scandale tentaculaire au centre duquel se trouve Ndèye Nancy Niang- écrouée-, les hommes d’affaires Mamadou Lamine Ngom et Mohamed Hacko ainsi que plusieurs opérateurs suspectés de recel d’escroquerie. Les enquêteurs de la Sûreté urbaine (Su) à l’origine de l’information judiciaire ouverte par le parquet évoquent dans leur pv de synthèse obtenu par Libération un «plan mafiosique » qui intègre «des organisations étrangères douteuses ».
Directrice générale de la société Transcontinental transit, Ndèye Nancy Niang a été inculpée et placée sous mandat de dépôt par le juge du deuxième cabinet, Mamadou Seck, pour association de malfaiteurs, contrebande, abus de confiance, escroquerie, vol, faux et usage de faux en écritures privées de banque, recel et complicité de ces chefs. Elle est la première à tomber dans ce scandale tentaculaire cerné par une enquête minutieuse de la Sûreté urbaine (Su) de Dakar.
Tout commence lorsque par soit transmis N° 2610 du 20/04/2021, le parquet a imputé à la Su, pour «enquête », la plainte déposée par Maître Cheikh Ahmadou Ndiaye, agissant pour le compte de la société « Re-energy » contre Ndèye Nancy Niang pour escroquerie portant sur la somme de 3.989.109.896 Fcfa.
Il ressortait de l’économie de la plainte que Ndèye Nancy Niang s’était présentée auprès de «Re-energy» en qualité de directrice générale de la société «Amine group». Pour ce faire, elle a présenté un contrat où elle prétendait être le directeur général afin de mieux convaincre ladite société à lui livrer l’urée. C’est dans ce cadre qu’un contrat en date du 18 mars 2020 a été paraphé entre les deux sociétés. Il s’agissait ainsi pour la société «Re-energy» de mettre à la disposition de «Amine group» une cargaison de 35342,945 tonnes métriques d’urée granulaire évaluée à 6.151.586.778 Fcfa, à charge pour elle de procéder à sa vente selon des conditions stipulées dans ledit contrat.
Dans ce même registre, la dame Ndèye Nancy Niang, en sa qualité d’administratrice de la société de transit «Transcontinenal» s’était aussi proposé de procéder aux formalités douanières de ce produit entreposé au Port.
Cependant, au terme de ces opérations, Ndèye Nancy Niang n’a cru devoir verser qu’un montant de 435.890.104 Fcfa mais, pour le reliquat, elle a invoqué des prétextes fallacieux. C’est après cela que «Re energy» a mené des investigations mais elle a été ahurie d’être informée que Ndèye Nancy Niang n’est en réalité pas la directrice de la société «Amin group» mais, qu’avec la complicité des principaux dirigeants de la société, notamment Lamine Ngom-en fuite en France-, elle a usé de manœuvres frauduleuses pour escroquer «Re-energy».
Les malheurs de Rahul Chandra
Entendu par la Su, en présence de son conseil, Me Cheikh Ahmadou Ndiaye et de son interprète Rahul Chandra a déclaré aux policiers que «Re-energy » est une société dont le siège se trouve à Dubaï et qui s’active dans la commercialisation des engrais. Il a indiqué que dans le cadre de ses activités, sa société avait fait venir à Dakar, un navire transportant 35342,945 tonnes métriques d’urée granulaire pour le marché sénégalais.
Etant donné qu’il ne maitrisait pas le marché local, une connaissance nommée Aïssatou Thioro Dia Ndiaye l’a mis en rapport avec Ndèye Nancy Niang. C’est ainsi qu’une rencontre tripartite durant laquelle Ndèye Nancy Niang s’est présentée en qualité de directrice général de la société «Amin group». Ainsi, cette société s’est proposé d’acquérir toute la cargaison. Ces déclarations ont été confirmées par les autres dirigeants de la société, notamment Lamine Ngom qui ont informé la société «Re-energy» que Ndèye Nancy Niang avait reçu mandat de «Amine group». Convaincu par l’argumentaire, un accord a été signé, le 18 mars 2020 avec «Amine group», représentée par Ndèye Nancy Niang pour l’achat de la totalité de la cargaison pour un montant total de 6.151.586.778 Fcfa.
L’exploitation dudit contrat signé par Rahul Chandra, agissant pour la société « Re-Energy » propriétaire de la cargaison d’une part et Ndèye Nancy Niang représentant la société acquéreuse, «Amine group» d’autre part, avec l’insertion de clauses contractuelles, stipule d’une part que l’acheteur devra s’acquitter des frais douaniers et portuaires et d’autre part que la marchandise lui sera livrée au Port de Dakar à l’arrivée du navire.
Pour l’accomplissement des formalités douanières et portuaires, explique Chandra, «Transcontinental transit» (Tct), propriété de Ndèye Nancy Niang, avait été désignée comme agent auprès des autorités maritimes et douanières par la société «Amine groupe».
A cet effet, il a été décidé de céder à la dame une quantité de 7342,945 tonnes d’urée d’une valeur de 1.279.586.778 Fcfa pour permettre de couvrir tous les frais devant découler de l’exécution de ses prestations (rémunération, paiement des frais portuaires et douanières, manutention…).
Ndèye Nancy Niang au sommet du scandale
Rahul Chandra a renseigné que Ndèye Nancy Niang a débarqué le produit qu’elle a stocké dans deux entrepôts au Cices et à Rufisque qu’elle avait loués pour la circonstance avant de procéder à la vente du produit sans pour autant lui reverser les montants convenus d’avance. Mise devant ses responsabilités et sommée de payer la somme convenue ou à défaut restituer la marchandise, Ndèye Nancy Niang, selon les propos de Rahul Chandra, a refusé de s’exécuter, réfutant tout lien avec la société «Re-energy» et rejetant la responsabilité sur Lamine Ngom qui serait, selon ses dires, le véritable directeur général de « Amine Group » et qu’elle ne faisait qu’agir aux ordres de ce dernier suivant mandat qu’il lui aurait délivré.
Devant cette situation, ayant appris que cette dernière procédait à la vente de son produit sans pour autant lui payer son argent, Chandra a envoyé ses collaborateurs au niveau de l’entrepôt de Rufisque dans le but de vérifier l’état du stock disponible, mais ces derniers, selon ses dires, ont été agressés par les employés de Ndèye Nancy Niang qui leur ont refusé ainsi l’accès sur lesdits lieux. A ce propos, une procédure judiciaire avait été initiée pour violences et voies de fait.
Il a affirmé être resté au Sénégal pendant plus de 06 mois sans rentrer dans ses fonds alors qu’il était prévu que Ndèye Nancy Niang lui verse l’intégralité de son argent une semaine après la signature du contrat de vente, soit le 25 août 2020.
Poursuivant, Chandra a soutenu qu’à la suite cet incident, pour une résolution amiable du litige, il a été décidé avec Ndèye Nancy Niang de modifier les modalités d’exécution du contrat signé le 18 mars 2020. Dans cette optique, a-t-il affirmé, ils ont décidé de revoir les termes contractuels et de signer, à la date du 25 aout 2020, deux avenants au contrat pour justement faciliter l’exécution, par Ndèye Nancy Niang de ses engagements contractuels.
Le premier avenant signé entre « Re-energy » d’une part et « Amine Group » et « Transcontinental transit » d’autre part, représentées toutes les deux par Ndèye Nancy Niang, impliquait pour la susnommée de procéder à la vente de 12.000 tonnes d’urée au prix de 2.146.000.000 Fcfa qu’elle devra verser dans les comptes de « Re-energy » au plus tard le 30 septembre 2020.
Le deuxième avenant impliquait pour Ndèye Nancy Niang, détentrice du produit, à livrer une quantité de 16.000 tonnes à la société « Stals sarl», à charge pour les dirigeants de cette dernière de commercialiser et de payer directement à «Re-energy ».
Ainsi, selon les nouvelles conditions du contrat, « Re-Energy» avait accepté de recevoir un paiement pour 28.000 tonnes d’urée et de céder à Ndèye Nancy Niang la quantité restante soit 7342,945 tonnes (dont la valeur est estimée à 1.279.586.778 Fcfa) pour lui permettre de couvrir tous les frais et charges découlant de l’exécution de ses prestations (rémunération, paiement des frais portuaires et douaniers, manutention, ensachage, transport, entreposage etc).
Cependant, s’est désolé Rahul Chandra, comme pour le premier contrat, Ndèye Nancy Niang n’a point exécuté les termes du contrat modifié malgré la clarté des avenants. Elle n’a pas envoyé les 2.146.000.000 Fcfa représentant le prix de vente des 12.000 tonnes comme elle s’y était engagée. Elle s’est également abstenue de livrer à la société «Stals» les 16.000 tonnes sans aucune explication.
A l’analyse, les policiers soulignent que la signature, par Ndèye Nancy Niang, de ces deux avenants prouve à suffisance qu’elle était la cocontractante directe du sieur Rahul Chandra et le fait pour elle de s’être abstenue d’exécuter les termes de ces deux avenants alors que le sieur Chandra avait accepté de lui céder gracieusement une quantité de 7342,945 tonnes pour couvrir ses frais, ne repose sur aucun fondement légitime. D’ailleurs, indiquent-ils, pour justifier la relation d’affaires le liant à Ndèye Nancy Niang, Chandra a soutenu que la susnommée lui avait envoyé en date du 28 aout 2020 une confirmation de virement bancaire de la banque Crédit agricole d’un montant de 228.674 euros soit 150.000.000 Fcfa. Mais, lorsqu’il a vérifié auprès de son gestionnaire de compte l’effectivité dudit transfert, ce dernier lui avait fait savoir qu’il n’y avait aucun virement. Pour les enquêteurs, ces faits sont vraisemblablement constitutifs de faux en écritures de banques et de faux et usage de faux.
Faux virement
Malgré tout, a ajouté le plaignant, devant le refus de Ndèye Nancy Niang de livrer au groupe «Stals» la quantité de 16.000 tonnes d’urée, il a accepté de signer à la date du 26 janvier 2021, avec elle, un nouvel accord (le troisième) pour régler définitivement cette affaire, rentrer dans ses fonds et retourner chez lui. Il était convenu à travers cet accord que la société Tct de Ndèye Nancy Niang procède à la vente de 10.000 tonnes d’urée pour un montant de 1.300.000.000 Fcfa payable au plus tard le 31 mars 2021.
Mais, une fois de plus, s’est désolé Chandra, la dame Ndèye Nancy Niang n’a respecté aucun des engagements malgré les multiples relances. De ce fait, une mise en demeure de payer lui a été servie à la date du 27 novembre 2020 mais elle est restée infructueuse.
Faisant le point sur la situation d’ensemble, Chandra a dit aux enquêteurs n’avoir reçu de Ndèye Nancy Niang que la somme de 435.890.104 Fcfa alors qu’il était convenu à la suite des modifications contractuelles intervenues avec la signature des deux avenants du 25 aout 2020, que la somme de 3.446.000.000 Fcfa soit versée à sa société « Re-energy » pour la vente de 28.000 tonnes métriques.
De plus, a-t-il souligné, le stock a diminué d’une quantité de 5.500 tonnes équivalant à la somme de 957.000.000 Fcfa et qu’il ne restait dans les entrepôts qu’une quantité de 600 voire 700 tonnes, Ndèye Nancy Niang, ayant presque tout vendu sans lui verser son dû. Selon ses déclarations, aucune justification ne lui a été fournie par rapport aux manquements évoqués, alors que Ndèye Nancy Niang avait la garde du stock du produit et avait seule, le pouvoir d’effectuer des opérations de vente au nom et pour le compte de la société « Re-energy».
Ce qui justifie selon ses dires, qu’une seconde mise en demeure en date du 18 mars 2021 lui a été servie et qu’en réponse à celle-ci, Ndèye Nancy Niang a tenté de justifier cette situation en invoquant des forfaits qu’aurait commis Mamadou Lamine Thiam. Selon ses dires, ce dernier véritable directeur général de la société « Amine Group » aurait détourné une partie du produit avant de disparaitre dans la nature après l’avoir écoulée. Elle a ainsi voulu se dédouaner alors qu’elle était la seule responsable du produit ayant seule le pouvoir d’autoriser des enlèvements dans ses entrepôts.
Le sieur Chandra a tenu à signaler qu’il ne reconnaissait que les contrats signés avec les sociétés «Transcontinental Transit » pour la procédure d’enlèvement de la cargaison et la société « Amine Group» en tant qu’acquéreuse et toutes les deux sociétés, a-t-il insisté, ont été dûment représentées par Ndèye Nancy Niang. Pour lui, le fait qu’elle cite Mamadou Lamine Ngom comme étant le directeur général de la société « Amine Group » n’est qu’une stratégie pour essayer de se dédouaner alors qu’elle sait en parfaite connaissance de cause qu’elle a signé les contrats es qualité de directrice générale de la société susnommée.
Il a terminé par déclarer que «Re-energy» qu’il représente réclame à la Ndèye Nancy Niang, le remboursement de la somme de 3.989.109.896 FCFA, la présentation d’un état récapitulatif des ventes effectuées sur le stock de 28.000 Tm ainsi que la justification des 5.500 Mt d’urée manquant au stock évalué à 979.000.000 Fcfa.
Témoignages accablants
Pour de plus amples renseignements sur la nature des relations liant le sieur Rahul Chandra à Ndèye Nancy Niang, la Su a convoqué et entendu en qualité de témoin, Aïssatou Thioro Dia Ndiaye. Cette dernière a globalement dénoncé la mauvaise foi dont a fait preuve Ndèye Nancy Ndiaye dans l’exécution du contrat la liant au sieur Chandra. Elle a affirmé avoir mis en rapport Rahul Chandra et Ndèye Nancy Niang pour la vente de la cargaison d’urée.
Elle a soutenu avoir été la première à être contactée par Rahul Chandra pour la vente de la cargaison mais, dira-t-elle, sa société « Nad Trade» n’ayant pas les capacités financières pour une telle opération, elle a décidé de le mettre en rapport avec Ndèye Nancy Niang qui est une connaissance à son époux. Elle a ajouté que cette dernière s’était présentée comme étant la directrice générale de la société acquéreuse « Amine Group » qu’elle représentait dans le cadre de ce contrat. Elle était également la directrice générale de la société de transit « Transcontinental Transit » désignée pour réceptionner le bateau et s’occuper des formalités douanières et portuaires.
Dans le cadre de l’exécution dudit contrat, a-t-elle précisé, bien avant l’arrivée du bateau, sa société « Nad Trade», en tant qu’apporteur d’affaires, avait négocié et signé un contrat avec « Amine Group » de en tant qu’arrangeur pour assurer la transparence des transactions et avec comme avantage un pourcentage sur les bénéfices issus de la vente de la cargaison. Elle a déposé une copie dudit contrat dont l’exploitation a permis de confirmer que Ndèye Nancy Niang s’était effectivement présentée comme étant la directrice générale de la société acquéreuse « Amine Group ».
Selon ses déclarations, Nad Trade avait pour mission de contrôler les entrées et sorties au niveau des entrepôts de stockage et faire un compte rendu détaillé sur l’état des ventes. Pour plus de transparence, a-t-elle dit, sa société avait mis des gardiens à la devanture des entrepôts de la Foire et à Rufisque mais ces derniers, dont la présence n’était pas souhaitée Ndèye Nancy Niang, ont été violentés par les agents de cette dernière et contraints de quitter les lieux.
Pour elle, la présence de Nad Trade indisposait Ndèye Nancy Niang qui avait tout fait pour l’y exfiltrer, refusant de ce fait de lui transférer le stock d’urée tel que demandé par Rahul Chandra. Devant cette situation, elle a préféré se retirer de l’opération et laisser Chandra gérer personnellement son dossier avec Ndèye Nancy Niang.
Relativement aux frais dus à l’administration des douanes, Aïssatou Thioro Dia Ndiaye a signalé que Ndeye Nancy Niang, en sa qualité de transitaire, n’avait payé que les droits et taxes dus pour la quantité de 2.000 tonnes, le reste de la cargaison était mis sous le régime entrepôt douanier, dans ses entrepôts au Cices et à Rufisque puisqu’ayant été déclaré par Ndèye Nancy Niang comme destiné à être réexporté au Mali. Elle a terminé par déclarer que Ndèye Nancy Niang s’était accaparée du produit qu’elle avait vendu sans pour autant honorer ses engagements découlant du contrat qu’elle avait souscrit avec Rahul Chandra et Nad Trade.
Dans la même foulée, Yoro Ba a été convoqué et entendu en qualité de témoin. Pour rappel, à la suite de l’inexécution du premier contrat, Rahul Chandra et Ndèye Nancy Niang avaient signé, en date du 25 aout 2020, deux avenants au contrat initial impliquant entre autres obligations pour la dame susnommée le transfert à la société « Stals Sarl» de Yoro Ba, une quantité de 16.000 tonnes d’urée à charge pour cette dernière de procéder à sa vente et de reverser directement les recettes de vente au fournisseur « Re-energy ». Un accord tripartite liant les sociétés Re-Energy-Amine Group-Stals Sarl a été signé à cet effet, le sieur Yoro Ba, se trouvant hors du territoire au moment de la signature, a été représenté par son fils Yero Al Ousseynou Ba.
Cependant, à l’instar de ses prédécesseurs, Yoro Ba a déclaré que ledit avenant n’a jamais été exécuté car Ndèye Nancy Niang avait catégoriquement refusé de lui transférer la quantité convenue et avait vendu presque toute la marchandise. De ce fait, a ajouté Yoro Ba, la société Stals n’a jamais reçu cette quantité de 16.000 tonnes d’urée comme convenu dans l’accord tripartite.
Poursuivant leur enquête et au vu de ces déclarations et témoignages accablants, Ndèye Nancy Niang a été convoquée et entendue par les policiers sur les accusations portées à son encontre. Assistée de son avocat Maître Cheikh Mouhamadou Bachir Lô, elle est revenue en détail sur ses relations avec Rahul Chandra de « Re-energy ». Elle a, d’emblée, écarté toutes les accusations portées à son encontre par le susnommé et a plutôt chargé Lamine Ngom comme étant le responsable des malheurs du plaignant.
Selon ses arguments, c’est au courant du mois de février 2020 qu’une connaissance l’avait mise en relation avec Thierno Seydou Ndiaye, directeur général de « Nad Trade» en lui disant que ce dernier avait un bateau d’urée qui devait venir au Sénégal et qu’il souhaitait avoir quelqu’un pour l’accompagner pour la commercialisation de ce produit. Ainsi, une rencontre s’était tenue à son bureau sis au 50 avenue Pompidou pour discuter des modalités d’accompagnement. Au cours de leurs échanges, elle a déclaré que Thierno Seydou Ndiaye lui a présenté sa structure et les documents de sa société, créée en 2019, avec un capital de 500.000 Fcfa et sans historique, donc ne disposant pas de capacités financières pour une telle opération.
Les légendes de Nancy
Etant donné que Thierno Seydou Ndiaye ne disposait pas des moyens financiers pour exécuter ce marché, dans le but de trouver des financements, ils sont allés rencontrer le directeur de la Banque pour le commerce et l’industrie (Bci) qui leur avait fait savoir qu’il ne pouvait financer le projet puisqu’il fallait payer le fournisseur et gérer ensuite toutes les charges qui allaient s’en suivre. Devant cette situation, a-t-elle dit, le projet était mort-né et qu’elle était même passée à autre chose.
Mais, après quelques jours, soutient-elle, Thierno Seydou Ndiaye était revenu la voir pour chercher d’autres solutions pour le financement de l’opération. Ne disposant pas de ressources financières pour un tel projet, elle lui a fait savoir qu’elle allait contacter des connaissances pour voir si elles étaient intéressées pour acheter le produit. C’est ainsi, martèle-t-elle, qu’un de ses contacts en l’occurrence le sieur Lamine Ngom, directeur général de la société « Amine Group » s’était manifesté et était intéressé pour acquérir le produit.
Dans un premier temps, selon ses propos, Lamine Ngom voulait acheter l’ensemble de la cargaison soit 35.000 tonnes d’urée et pour cela, une réunion s’était tenue à son bureau à Transcontinental Transit où étaient présents Thierno Seydou Ndiaye de « Nad Trade Sénégal », le client Lamine Ngom de « Amine Group » et elle-même, Ndèye Nancy Niang en tant qu’agent désigné pour les formalités de transit.
Elle a prétendu qu’au cours de cette réunion, Lamine Ngom avait réitéré son désir d’acheter l’ensemble de la cargaison et avait soutenu qu’il avait la capacité financière pour cela. Etant donné qu’ils avaient trouvé un accord pour céder la cargaison à Lamine Ngom, ils avaient établi les contrats et comme il était stipulé que les charges relatives à la procédure douanière étaient du ressort de l’acquéreur, sa société « Transcontinental Transit » désignée pour cela, avait établi une facture pro forma pour la société « Amine Group » pour un montant d’à peu près un milliard.
Mais, plus tard, dira-t-elle aux policiers, Lamine Ngom avait jugé la facture pro forma trop salé et lui avait fait savoir qu’il lui serait difficile de supporter tout seul l’opération. C’est la raison pour laquelle, il avait décidé de chercher un autre partenaire à l’étranger pour lui céder une partie de la cargaison. C’est ainsi, soutient-elle, que Lamine Ngom a décroché « Hacko Holding Sa », une société malienne à qui il devait céder 25.000 tonnes à réexporter vers le Mali, les 10.000 tonnes restantes étant destinées pour le marché local au nom de la société « Amine Group ». Pour cela, a-t-elle déclaré, de nouveaux contrats ont été signés entre d’une part les sociétés « Re-energy » et « Amine group » pour 10.000 tonnes et d’autre part les sociétés « Re-energy » et « Hacko Holding Sa» pour les 25.000 tonnes avec des changements intervenus en conséquence sur les bons de livraison et le manifeste cargo.
Cependant, de l’analyse, par les policiers, des différents contrats établis, il ressort que Lamine Ngom à qui elle attribue le marché, ne figure sur aucun des documents, tous les contrats étant signés par elle-même en qualité de directrice générale de la société « Amine Group » pour l’achat et directrice générale de la société « Transcontinental transit » pour la procédure portuaire et douanière. En outre, en tant qu’agent exécuteur désigné par « Amine Group », elle devait exécuter toutes les formalités douanières et portuaires depuis le déchargement jusqu’à l’entreposage. Mais également, en tant qu’agent de « Amine Group », acquéreur du produit, il lui revenait de commercialiser l’urée et de reverser au fournisseur la somme convenue. Ce qui n’a pas été le cas du fait de ses manœuvres qui ont fait qu’elle n’a jamais exécuté comme prévu les termes du contrat.
«Plan mafiosique »
En réalité, «en concoctant ce plan mafiosique en intégrant des organisations étrangères douteuses » comme le décrivent les policiers dans leur rapport de synthèse, Ndèye Nancy Niang et Lamine Ngom n’avaient d’autre but que d’escroquer la société «Re-energy». Malgré la clarté des termes du contrat, Ndèye Nancy Niang a tenté de justifier son implication dans cette affaire qu’elle estime salutaire. En effet, elle a soutenu n’être intervenue dans ce dossier qu’en qualité d’agent pour les besoins de la procédure douanière et d’enlèvement du produit. Contrairement aux allégations de ses prédécesseurs qui ont été unanimes à soutenir qu’elle avait signé les contrats en tant que directrice générale de la société acquéreuse « Amine Group », elle a déclaré avoir reçu des mandats des deux sociétés bénéficiaires que sont « Amine group » et « Hacko Holding » à l’effet de les représenter dans leurs relations avec le fournisseur « Re-energy », pour procéder à la vente du produit, payer en priorité le fournisseur et leur reverser les bénéfices réalisés.
Epinglée pour fraude douanière
Ainsi, argue-t-elle, pour l’exécution des tâches dévolues à sa société « Transcontinental Transit », la société « Amine Group » de Lamine Ngom lui avait remis un acompte de 255.000.000 Fcfa, qui était dérisoire et source de difficultés pour l’accomplissement normal de la procédure douanière et portuaire. Elle a soutenu aussi avoir rencontré des difficultés lors des opérations de débarquement avec des frais de surestaries de plus de cent millions de Fcfa. Des frais qu’elle déclare avoir payés elle-même sans pour autant en rapporter la preuve.
Il convient à ce propos, de signaler Ndèye Nancy Niang a fait l’objet d’une procédure douanière pour fraude et contrebande présumées et contrainte de payer un montant de 10.000.000 Fcfa comme nous le révélions à l’époque.
Face aux enquêteurs donc, elle a laissé entendre qu’au cours des opérations de débarquement du produit, une bonne quantité du produit avait été perdue dans les eaux car la bâche de protection avait cédé. Une expertise, selon ses propos, avait été réalisée par la société d’expertise maritime «Cemi» avec des prises de vues photographiques pour en attester.
Cette «forte pluie » dont l’Anacim ignore l’existence
De même, dans ses entrepôts, ajoute-t-elle, des avaries et des pertes ont été notées. Cependant, elle n’a pas été en mesure d’évaluer la quantité perdue encore moins celle qu’elle a vendue.
De l’exploitation du rapport d’expertise par les policiers, il en ressort que des morceaux (cailloux) d’urée dure très solides et difficiles à écraser ont été trouvés dans la cargaison et qu’ils ont eu comme conséquence de retarder les opérations de déchargement, la modification de l’état de la cargaison ainsi que l’augmentation des dépenses pour éliminer les grumeaux. Cependant, aucune quantité n’a été déclarée concernant cette urée endommagée, l’huissier de justice Maitre Fatou Senghor, requis par la dame, s’est contentée, dans son procès-verbal de constat, de mentionner qu’au niveau de l’entrepôt de Cices Foire, des sacs d’engrais de 50 kg qui étaient précédemment couverts par des bâches ont été endommagés.
En outre, Ndèye Nancy Niang a soutenu qu’il y’avait une forte pluie qui s’était abattue à Rufisque à la date du dimanche 14 juin 2020 accompagnée de vent, ce qui avait occasionné, selon ses estimations des pertes importantes du produit. Cependant, ses allégations ont été démenties par l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (Anacim) saisie d’une réquisition. L’Anacim, dans sa réponse, a certes confirmé l’existence d’une pluie dans cette zone durant la nuit du 14 au 15 juin 2020 mais a renseigné qu’il s’agissait d’une pluie d’un volume de 03 mm, considérée comme une pluie faible (ondée), incapable de provoquer des pertes alléguées par la mise en cause.
A l’évidence, une pluie de 3 mm assimilable à des ondées, selon les météorologues, ne peut en réalité causer aucun dommage.
S’agissant de la commercialisation du produit, Ndèye Nancy Niang a renseigné avoir vendu une quantité pour préfinancer l’opération avec les diverses dépenses générées par le projet comme le déchargement, l’achat de sac, le transport, les frais de douane, de manutention etc. Cependant aucune spécification de la quantité exacte vendue n’a été donnée aux enquêteurs, Ndèye Nancy Niang, continuant de plus belle à entretenir le flou dans ses affaires et à se perdre dans les chiffres avancés.
Pour se justifier, elle a soutenu que Lamine Ngom, directeur général de la société « Amine group » a eu à effectuer des ventes sur le produit stocké aussi bien dans les entrepôts de la «Somicoa» que dans ses entrepôts ; car, selon ses propos, des opérateurs économiques s’étaient présentés dans ses entrepôts avec des BL délivrés par Lamine Ngom pour procéder à l’enlèvement du produit qu’il leur avait vendu. Elle fait savoir qu’elle s’y était opposée mais que Thierno Seydou Ndiaye et Rahul Chandra avaient intercédé en faveur de Lamine Ngom qui avait des démêlées avec la justice et avait même été interpellé par la Dic.
Cependant, estime la Su, cet argumentaire simpliste ne cadre pas avec la réalité des faits car l’examen des contrats qu’elle a signés permet d’attester qu’elle était l’unique responsable du produit, habilitée à exécuter le projet conformément aux termes contractuels. Par conséquent, le fait de vouloir tout mettre sur le dos de Lamine Ngom en l’accusant d’avoir procédé à des enlèvements frauduleux ne peut prospérer car en réalité, elle agissait de connivence avec Lamine Ngom au détriment de la partie plaignante, d’après les enquêteurs.
Pour eux, tout porte à croire que depuis le début, Ndèye Nancy Ngom et son acolyte Lamine Ngom, avaient, par l’entremise de la société «Amine group» l’intention manifeste de gruger Re-energy. C’est d’ailleurs, pour cette raison qu’à la fin de l’opération, l’entreprise « Amine Group » a pratiquement cessé de fonctionner après que l’un de ses principaux acteurs, en l’occurrence Lamine Ngom, a pris la fuite en France, avec une bonne partie du butin. Sinon, comment expliquer le fait pour Ndèye Nancy Niang d’avoir intégré sans apport l’actionnariat de la société « Amine Group » à hauteur de 33%, après la signature des contrats avec Chandra ? Interpellée à ce propos, elle a soutenu qu’il n’y avait pas de conflit d’intérêts et que lesdites actions lui ont été gracieusement offertes par Lamine Ngom.
Association de malfaiteurs et entente illicite
Globalement, lors de son audition, Ndèye Nancy Niang a tenté d’écarter sa responsabilité dans la commission les faits en se rabattant sur des mandats que lui auraient remis les gérants des sociétés bénéficiaires « Amine Group » et «Hacko Holding Sa ». Cependant, force est de constater, selon les enquêteurs, que ses moyens de défense ne sauraient prospérer et plusieurs raisons peuvent étayer cet état de fait. D’abord, écrivent-ils, les différents contrats qu’elle a signés prouvent à suffisance qu’elle a traité directement avec le plaignant sans intermédiaire. Sa qualité de cocontractante a été confirmée par les témoins Aïssatou Thioro Dia Ndiaye et son époux Thierno Seydou Ndiaye de la société « Nad Trade» qui ont déclaré que Ndèye Nancy Niang s’était présentée à eux comme étant la directrice générale de « Amine Group » et avait agi en tant que tel dans sa relation avec Chandra. En cette qualité, ont-ils ajouté, elle a eu à vendre une bonne quantité du produit à des opérateurs économiques comme Arouna Ba, Aziz Ndiaye, Allé Ndiaye, Aliou Diouf Lambaye et Massata Ndiaye à des prix en déca du ceux du marché.
Bradage des produits
En fait, les produits ont été à la limite bradés à ces personnes qui l’ont acquis, en toute connaissance de cause. Ainsi, «ces personnes pourraient être poursuivies pour recel d’escroquerie », révèlent les enquêteurs. Ensuite, rapportent-ils, Ndèye Nancy Niang avait l’entière responsabilité de la cargaison et aucune quantité d’urée ne pouvait, logiquement, être livrée sans qu’elle n’ait préalablement donné son accord, les entrepôts de stockage étant gardés par ses éléments. Par conséquent, l’argument selon lequel Lamine Ngom s’était frauduleusement emparé de 11.000 tonnes d’urée avant de se fondre dans la nature ne saurait prospérer, selon eux.
En outre, il faut signaler que la signature, par Ndèye Nancy Niang, des deux avenants en date du 20 aout 2020 à la suite de l’inexécution du contrat initial de mars 2020 renforce davantage cette qualité de partie au contrat, donc appelée à en respecter scrupuleusement les termes. Faut-il rappeler que Ndeye Nancy Niang, en signant lesdits avenants, avait pris l’engagement avec le plaignant de modifier leurs termes contractuels pour justement sortir de l’impasse générée par le non versement, au sieur Chandra, des sommes convenues d’avance.
Concrètement, il s’agissait pour la dame de vendre une quantité de 12.000 tonnes d’urée au prix de 2.146.000.000 Fcfa qu’elle devra verser dans les comptes de la société « Re-energy » et de transférer à la société « Stals » du sieur Yoro Ba une quantité de 16 tonnes d’urée, le reste de la cargaison (soit plus de 7.000 tonnes d’urée) lui ayant été cédé pour couvrir toutes les charges qu’elle devra supporter. Mais, une fois de plus, la dame n’a exécuté aucun des contrats. Et pourtant elle a continué à effectuer des ventes comme en atteste la quantité de 12.000 tonnes qu’elle déclare avoir vendu au Mali à une société dénommée « Ncc».
A propos de la vente au Mali de cette quantité de 12.000 tonnes, une précision s’impose. En effet, Ndèye Nancy Niang a soutenu n’avoir pas reçu le paiement de la part de la société bénéficiaire « Ncc». Selon ses arguments, le produit livré au Mali a fait l’objet de saisie par voie d’huissier à la requête de la société « Hacko Holding ». Ce qui a obligé la société « Ncc» à arrêter les paiements.
A ce niveau, une question s’impose : comment la société « Hacko Holding » peut-elle opérer une saisie entre les mains d’une société tierce (la société Ncc en l’occurrence) à l’occasion d’une vente dont elle n’a pas été partie ? Comme réponse à cette question, Ndèye Nancy Niang affirme ignorer le fondement juridique d’une telle saisie mais soutient qu’une procédure judiciaire est enclenchée par ses avocats au Mali pour contraindre la société « Ncc » à lui payer la somme convenue pour la vente des 12.000 tonnes d’urée.
Par contre, elle n’a pu fournir aucun document pour attester de la véracité de ses déclarations. Ainsi, aucun contrat relatif à la cession des 12.000 tonnes n’a été produit ni le montant qui aurait été perçu.
A la question de savoir pourquoi a-t-elle accepté de signer l’avenant au contrat initial, impliquant la vente par ses soins, de 12.000 tonnes et la mise à la disposition de la société « Stals Sarl» de 16.000 tonnes alors qu’elle savait bien que la quantité d’urée restante n’atteignait pas les 28.000 tonnes, elle a répondu avoir signé ledit contrat suivant les mandats qu’elle soutient avoir reçu des sociétés « Amine group » et de « Hacko». En outre, elle a martelé qu’au moment de la signature de ces avenants, elle n’avait plus de nouvelles de la société «Hackp» et s’agissant de la société « Amine group » le contrat a été signé, en l’absence Lamine Ngom, directeur général, par Samba Thiam, un de ses collaborateurs.
Par ailleurs, si comme elle l’affirme, rien ne la liait au sieur Chandra dans le cadre de ce contrat de vente d’urée, pourquoi lui a-t-elle envoyé un virement bancaire d’un montant de 228.674 euros soit 150.000.000 Fcfa émanant de sa banque « Crédit Agricole » à destination de la banque du plaignant « Emirates Nbd Bank » logée à Dubaï ?
Elle répondra aux enquêteurs à cette question en soutenant avoir agi conformément aux ordres de ses mandants qui l’avaient instruite de payer en priorité le fournisseur. Cependant, à propos de ce virement, Chandra avait renseigné qu’il s’agissait d’un faux ordre et qu’aucun franc n’a été versé dans son compte en banque. Cette réponse a été confirmée par la banque Crédit agricole saisie d’une réquisition authentification.
Dans la même dynamique, pourquoi a-t-elle remis à Thierno Seydou Ndiaye de la société « Nad Trade», des sommes d’argent et un véhicule de marque Range Rover Sport en guise d’avance sur commissions ? Pour rappel, «Nad Trade» est intervenue dans cette affaire en qualité d’apporteur d’affaires et le contrat qu’elle a signé avec Ndèye Nancy Niang lui conférait 33% des bénéfices qui seraient réalisés de la vente du produit.
Les aveux des opérateurs
Au vu de ces incohérences et contradictions relevées de ses déclarations, Ndèye Nancy Niang a été soumise à un autre interrogatoire pour y apporter des explications. Mais, elle a campé dans sa position en réfutant toutes les accusations portées contre elle, malgré leur évidence. Elle a justifié sa qualité de directeur général de « Amine Group » sur le contrat de commissions qui la liait à la société « Nad Trade » par le fait que le directeur de cette société, Thierno Seydou Ndiaye voulait qu’elle signe ledit contrat en cette qualité. Mais elle a persisté en soutenant mordicus avoir juste agi en qualité de mandataire des sociétés « Amine Group » et « Hacko Holding » dans leurs relations avec « Re-Energy ».
Invitée à commenter la réponse de l’Anacim, selon laquelle il n’y avait qu’une ondée durant la nuit du 14 au 15 juin 2020, incapable de provoquer des pertes et avaries qu’elle a avancées, Ndèye Nancy Niang a rejeté de telles conclusions et a réaffirmé que cette nuit-là, il y avait une forte pluie accompagnée de vent, occasionnant d’importantes pertes au dépôt de Rufisque à ciel ouvert.
Pour la Su, il s’agit là autant d’éléments ressortis de l’enquête qui accablent Ndèye Nancy Niang et qui démontrent à suffisance que cette dernière avait bel et bien traité directement avec Rahul Chandra mais qu’elle n’a ni respecté les termes de ses engagements ni apporté une justification plausible de ce qui a été fait de la cargaison d’urée mise à sa disposition. Sur un montant de 3.446.000.000 Fcfa correspondant à 28.000 tonnes d’urée, Chandra n’a reçu de Ndèye Nancy Niang que la somme de 435.890.104 Fcfa et pourtant il avait décidé de réviser le contrat initial et de céder à la dame une quantité de plus 7.000 tonnes pour lui permettre de faire face aux frais et dépenses générés par l’opération.
Poursuivant leur enquête, les policiers ont interrogé Atoumane Sy, administrateur de société, représentant au Sénégal de la société « Hacko». Il a déclaré avoir mis en rapport Lamine Ngom à Mohamed Hacko du «groupe Hacko holding Sa». Selon lui, la société « Re-energy » avait signé un contrat tripartite d’achat et de vente d’urée avec la société « Amine Group » de Lamine Ngom pour 10.000 tonnes et la société « Hacko » pour 25.000 tonnes. Mais a-t-il affirmé que Ndèye Nancy Niang, en ce qui la concerne, a été mandatée par les deux sociétés bénéficiaires pour finaliser toutes les opérations de déchargement, commercialiser le produit, payer la société « Re-energy » fournisseur de l’urée et verser dans leurs comptes le montant conclu avec « Amine Group ».
Cependant, selon ses termes, la dame n’a respecté aucun des engagements ; la quantité de 25.000 tonnes n’ayant jamais été livrée à la société « Hacko Holding » et Ndèye Nancy Niang n’a jamais voulu faire l’état des ventes qu’elle a réalisées conformément aux mandats qu’elle avait reçus à cet effet.
Pour l’évaluation des pertes et avaries signalées par la mise en cause lors des opérations de débarquement, Moustapha Sow, agent maritime a été convoqué et entendu en qualité de représentant de la société « Somicoa». Il a estimé à 208,958 tonnes la quantité non débarquée du navire à la suite des pertes constatées. Selon ses dires, la quantité totale de 35.133,987 tonnes a été débarquée du navire comme l’ont d’ailleurs certifié les différents experts présents durant l’opération.
Il a aussi signalé qu’une quantité de 3.379 tonnes a été gardée dans leurs entrepôts sis au port à titre de garantie car, à un moment donné, la société « transcontinental transit » avait des problèmes de trésorerie et Ndèye Nancy Niang Nancy leur avait remis deux chèques qui étaient revenus impayés. Mais a-t-il dit, cette quantité a été «relâchée » plus tard, suite au paiement du reliquat dû.
Un certain nombre de points contradictoires a été relevé des auditions de Chandra et de Ndèye Nancy Niang portant principalement sur la nature de leurs relations. Pour lever les équivoques, une confrontation a été organisée entre deux, en présence de leurs avocats respectifs et chacun d’eux, en ce qui le concerne, a maintenu ses précédentes déclarations.
Dans la foulée, les policiers ont convoqué les opérateurs économiques qui ont eu à bénéficier d’une partie du produit, l’idée étant de les entendre sur les modalités d’acquisition. A ce titre, il y a lieu de signaler que l’audition d’Aliou Penda Diouf Lambaye, opérateur économique domicilié à Yoff a permis de savoir Lamine Ngom agissait de concert avec Ndèye Nancy Niang et que cette dernière avait connaissance de tous les actes qu’il posait. En effet, Aliou Diouf Lambaye a laissé entendre qu’il avait acquis auprès de Lamine Ngom une quantité de 2.000 tonnes d’urée pour un montant de 320.000.000 Fcfa mais qu’il revenait à Ndèye Nancy Niang de signer les ordres de relâches pour lui permettre d’enlever le produit. Pour ce faire, il a soutenu s’être rendu, dans un premier temps, au bureau Ndèye Nancy Niang pour lui verser la somme de 50.000.000 Fcfa pour un poids de 322 tonnes d’urée et consécutivement, un ordre de relâche lui a été délivré par cette dernière et la quantité payée lui a été livrée au niveau du port par un nommé Madiama Diop, représentant de la dame.
Il déclare avoir versé, ensuite à Ndèye Nancy Niang la somme de 19.500.000 Fcfa pour un poids de 150 tonnes d’urée qui lui a été livré au niveau de son entrepôt au Cices. Cependant, a-t-il soutenu, la dame lui avait remis deux autres ordres de relâche (N°s 25 et 35) pour des quantités respectives de 600 et 1.000 tonnes d’urée mais qu’il n’a jamais reçu ces quantités. En effet selon ses propos, en voulant récupérer le reste de sa commande, il s’était rapproché, comme pour les fois passées, de Ndèye Nancy Niang mais, cette dernière ne lui avait pas délivré un ordre de relâche pour cette quantité au motif qu’elle était en contentieux avec Lamine Ngom. .
Dans la même dynamique, Massata Ndiaye- frère d’Aziz Ndiaye, lui-même-, commerçant, domicilié à Guédiawaye, Cité Gadaye été convoqué et entendu sur les modalités d’acquisition d’une partie de l’urée. Il a affirmé avoir acheté, auprès de Lamine Ngom, une quantité de 4.000 tonnes pour un montant de 640.000.000 Fcfa, soit 160.000 Fcfa la tonne. Il produit, face aux policiers, des bons de livraisons à lui délivrés par Lamine Ngom. Il a déclaré avoir payé l’intégralité de cette somme en espèces sans pour autant produire les justificatifs pouvant en attester. Relativement aux modalités de livraison de la quantité achetée, il a affirmé avoir procédé à l’enlèvement d’une partie au port de Dakar, à l’arrivée du bateau et que le reste de sa commande lui a été livré au niveau des entrepôts de Rufisque et Cices appartenant à la dame Ndèye Nancy Niang, suivant les instructions de cette dernière.
Wanted
Lamine Ngom et Mohamed Hacko, cités dans cette affaire et contre lesquels existent des indices concordants et crédibles de participation à la commission des faits objets de l’enquête, n’ont pas été entendus puisqu’étant en fuite depuis l’éclatement de l’affaire. Le cas de Lamine Ngom est assez singulier. Bien avant l’éclatement de cette affaire, cet escroc récidiviste était déjà sous le coup d’une plainte pour escroquerie portant sur 600 millions de Fcfa. Curieusement, il avait réussi à quitter le pays alors que dans ce genre de procédure, Lamine Ngom aurait normalement fait l’objet d’une «opposition » au niveau des frontières. On apprend par ailleurs, que Ndèye Nancy Niang fait l’objet d’une contrainte par corps déposée hier au parquet après sa condamnation dans une autre affaire d’escroquerie. 1,4 milliard de Fcfa est en cause.
CMG, Libération du 4 mars 2022

