Logo2samedia Corp

Les investisseurs internationaux se délestent massivement des eurobonds sénégalais. L’ouverture des négociations multilatérales rend quasi inéluctable un moratoire sur les 5 milliards de dollars de titres souverains en circulation, selon bloomberg

– L’accord de sauvetage conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) va déboucher sur la restructuration de près de 5 milliards de dollars d’euro-obligations, engageant le pays dans un processus à haut risque qui menace de faire de Dakar la première nation africaine en défaut de paiement depuis l’Éthiopie en 2023, rapporte le journaliste Matthew Hill dans une dépêche publiée par Bloomberg le 3 septembre 2026.

L’annonce officielle a provoqué une chute immédiate des obligations sénégalaises sur les marchés internationaux, déjà installées en territoire de détresse financière, prenant de court une partie des investisseurs qui espéraient encore voir le pays éviter un arrêt des paiements. Ce processus de restructuration s’annonce d’autant plus périlleux qu’il intervient dans un contexte de profondes divisions politiques au sommet de l’État. En mai dernier, le président Bassirou Diomaye Faye avait limogé son ancien allié et Premier ministre Ousmane Sonko en raison de son opposition résolue à toute restructuration. Devenu président de l’Assemblée nationale, Sonko a réagi dès l’annonce de l’accord avec le FMI sur son compte Facebook en réclamant un « débat sain sur les engagements du Sénégal. »

Bien que l’exécutif n’ait pas explicitement annoncé de suspension de ses paiements, l’ensemble des pays ayant eu recours au Cadre commun du G20 ont interrompu le service de leur dette durant les négociations. Le premier test crucial interviendra dès le 13 septembre, date à laquelle le Sénégal doit honorer le paiement d’un coupon sur un eurobond.

Le dossier sénégalais servira également de cas d’école pour le traitement d’instruments financiers complexes et controversés récemment critiqués par le FMI : les contrats de swap de rendement total (Total Return Swaps ou TRS). Si Dakar a assuré que la dette libellée en francs CFA serait exclue de la restructuration, le flou persiste sur le sort des emprunts TRS adossés à des obligations locales et contractés auprès de la First Abu Dhabi Bank — la plus grande banque des Émirats arabes unis — et de l’institution financière multilatérale Africa Finance Corporation (AFC).

Après les précédents longs et conflictuels de la Zambie, du Ghana et de l’Éthiopie, le ministre des Finances Cheikh Diba a fait savoir aux investisseurs que le Sénégal expérimenterait une version « améliorée » du Cadre commun du G20, prévoyant des délais raccourcis et un partage d’informations transparent.

Dans un message consulté par Bloomberg, Cheikh Diba a annoncé une démarche inédite dans l’histoire de ce mécanisme : la convocation prochaine d’une réunion d’information conjointe organisée par le FMI, rassemblant à la fois les créanciers multilatéraux, bilatéraux officiels et privés. Cette session présentera « les grandes lignes du plan de traitement de la dette du Sénégal, tout en garantissant un accès équitable à l’information pour tous », avant l’application d’un nouveau modèle de protocole d’accord et des règles clarifiées sur la comparabilité de traitement.

(Bloomberg)

editor

    Related Articles