Logo2samedia Corp

Le village de Mboul, dans le département de Tivaouane, où battait le cœur du Cayor et où trente-deux rois ont été intronisés, il ne reste plus qu’une étendue d’herbe et de sable. 140 ans après le dernier Damel, l’ancienne capitale cayorienne n’a ni forage, ni poteau électrique, ni poste de santé et ses femmes marchent 6 km par jour pour trouver de l’eau.

TIVAOAUNE – Rien que son nom, pour qui connaît l’histoire du Sénégal, aiguise la curiosité. Qu’est devenue Mboul, ancienne capitale du Cayor, 140 ans après la mort du dernier Damel ? Après le calvaire d’une route dégradée et cahoteuse entre Ngaye et Pékesse, commence un autre supplice. Cette fois, il n’y a même plus de route abîmée à se coltiner, encore moins d’indications. Il faut emprunter les pistes sablonneuses et éviter de s’enliser.

Le véhicule cahote, s’enfonce dans le sable, le chauffeur appuie sur l’accélérateur, roule entre des herbes vertes scintillantes puis s’arrête. Des minutes de supplice, nous arrivons à Mboul. Un nom qui résonne encore dans l’histoire du Sénégal. Ici, 32 Damels du Cayor ont été intronisés.

Trente-deux rois guerriers, sauf Lat Dior, le plus célèbre d’entre eux. À Mboul battait le cœur d’un royaume. Heureusement, à notre arrivée, la localité était animée à cause d’un baptême. Les adultes et certains anciens, venus des villages voisins, sont sur la place du village. Ils nous indiquent la maison du chef du village.

À côté de ces jeunes, un matériel de musique distille des décibels. Les griots, avec leurs chants traditionnels, rappellent le rite de l’intronisation des rois. « N’eût été cet événement, vous alliez découvrir le vrai visage du village. C’est-à-dire une localité silencieuse », explique le chauffeur, un habitué des lieux.

Nous partons à la découverte de la place mythique où l’on intronisait les rois. On se rend compte que le village est à cheval entre traditions et modernité. Quelques cases, des maisons en dur parfois sans clôture, des enfants pieds nus, des anciens assis à l’ombre complètent le tableau.

Hormis cette ambiance de baptême, rien n’indique que nous foulons le sol d’une ancienne capitale. Pas de monument. Pas de stèle. La place sacrée où les Damels étaient couronnés est devenue une étendue d’herbes vertes, en cette fin d’hivernage, balayée par le vent. Le chef de village, Baye Moussa Dieng, nous accueille et nous met en rapport avec son fils, Oumar Dieng.

6 km pour boire

Très disponible, notre guide nous conduit à la place mythique. « C’est ici, il ne reste plus rien qui puisse indiquer le rite d’intronisation », dit-il en montrant du doigt l’emplacement. Mboul n’a rien. Pas de route, pas d’électricité, pas de robinet ni de forage, encore moins de poste de santé.

Pour l’eau, le calvaire est quotidien. Les femmes se lèvent à l’aube, prennent des bassines et marchent 6 kilomètres à l’aller et comme au retour pour se rendre au village de Ndompy où se trouve le forage.

« Pour se soigner, c’est une autre expédition. Il faut aller jusqu’à Pékesse, à une dizaine de kilomètres. S’il y a une urgence la nuit, c’est la charrette ou la mort », souffle Oumar Dieng. Comment une capitale qui a fait et défait des rois a-t-elle pu devenir si démunie ? s’interroge le chauffeur.

Selon le fils du chef de village, Mboul ne demande pas la charité. Mboul veut juste qu’on se souvienne qu’il a été la capitale des grands guerriers du Cayor. Il demande une piste, un forage, un poteau électrique, un poste de santé digne. Le minimum pour ne plus être un grand nom dans un village oublié.

Ibrahima NDIAYE (Correspondant)

editor

    Related Articles